A. Définition

L'anxiété est un état pathologique dans lequel le malade présente fréquemment des réactions de peur en réponse aux variations du milieu ( externe et interne). Dans cet état, cliniquement marqué par des comportements de peur, s'ajoute un certain nombre de signes organiques qui seront souvent le motif de consultation.
L'état anxieux est spontanément irréversible, il induit un déficit d'adaptation et il est responsable d'inconfort. Ce sont les trois caractéristiques d'un état pathologique.
L'absence d'évolution spontanément favorable et l'inconfort obligent le thérapeute à intervenir.
Il n'existe ni d'anxiété normale, ni de petite anxiété ou d'état anxieux léger. Dans tous les cas, le diagnostic d'anxiété est grave. Il nécessite une prise en charge longue qui doit être maintenue jusqu'à guérison.

 

B.Diagnostic.

1. La clinique de l'anxiété.

Un animal anxieux est un animal qui exprime la peur. Celle-ci peut s'exprimer sous forme ;
L'anxiété paroxystique marquée par des crises aigües, sortes de convulsions conscientes.
L'anxiété intermittente sera surtout marquée par une forte réactivité ( hypervigilance, anticipation, symptômes physiques).
L'anxiété permanente sera plus caractérisée par l'inhibition, le repli sur soi et des activités substitutives.

  Evolution Signes
organiques
Activité
subtitutive
Agressivité
Anxiété
paroxystique
stable ++ par crises   +
Anxiété
intermittente
vers
permanente
++ + ++++
Anxiété permanente vers
dépression
+++ +++ 0


 2. Les symptômes organiques.

L'anxiété s'accompagne de signes organiques plus ou moins marqués, certains étant des conséquences de l'anxiété, d'autres étant liés à une activité subtitutive.
Dans les conséquence de l'anxiété nous pouvons retrouver des troubles cardiaques précoces et tardifs, des signes digestifs tels que gastrite et colon irritable, des troubles  de la reproduction.
Les symptômes d'activité substitutive regroupent l'obésité, la prise d'eau ou des signes cutanés. La prise alimentaire peut résulter dans un premier temps d'une ritualisation des relations avec le maître, puis devient rapidement une activité produite pour obtenir l'apaisement. Les prises d'eau, liées à un besoin d'apaisement, peuvent elles aussi devenir importantes. Les signes cutanés d'anxiété sont le plus fréquemment le léchage du carpe ( dans d'autres cas se sera le léchage des fesses ou la tétée du flanc.) Pour être cataloguée d'activité substitutice, la production de ces comportements doit être importante et " compulsive".

3. L 'hyperattachement secondaire.

La crainte et la peur poussent les individus à rechercher la protection, la compagnie d'autres individus pour se rassurer. Pour cette raison l'hyperattachement secondaire accompagne souvent les états anxieux et en constitue un  symptôme important. Celui-ci peut s'exprimer à ses débuts par des demandes d'attention permanentes, lesquels constituent également un symptôme de l'anxiété.

4. L'agressivité.

L'anxiété correspond à une déstabilisation émotionnelle chronique. L'animal vit dans un contexte hostile et son seuil d'irritabilité et de réactivité est souvent atteint voire dépassé. Il n'est donc pas surprenant que les réactions agressives d'irritation ou d epeur soient plus nombreuses. Dans l'anxiété permanente, le chien s'isole et opère un repli sur lui-même. La réactivité diminue alors et, dans cet état, il n'y a généralement que peu d'agressions.

5. Comment établir un diagnostic d'état anxieux?

Le diagnostic d'état anxieux ne se déduit pas de l'absence d'une autre explication devant une symptomatologie observée, il doit être construit sur un bilan de symptômes qui s'articulent entre eux.


C. Traitement.


Le traitement de l'anxiété passe par une restauration du contexte de vie ( territoire et communication familiale), ainsi que par l'utilisation de médicaments ou de suppléments nutritionnels. 

1. Les anxiolytiques.

En simplifiant, nous pouvons dire que ces molécules ne suppriment pas les causes de l'anxiété, mais en estompent les effets et permettent une augmentation du confort. Leur effet rapide rend leur utilisation agréable.               

Le propanolol C'est le seul bêtabloquant à avoir une action sur le Système Nerveux Central: il peut être utilisé dans l'anxiété paroxystique à ses débuts. Avec le temps, cette molécule perd son efficacité centrale.               

La  trioxazine (Relazine)Cette molécule possède une activité remarquable. Elle est particulièrement désinhibitrice et il faut s'interdire de l'utiliser quand il existe une instabilité hiérarchique.  Il s'agit d'une prescription de confort à associer avec un antidépresseur par exemple.
 

2. L'alpha-casozépine.(Zylkène)

Elle allie une action rapide à l'absence quasi totale d'effet désinhibiteur. La poudre assez appétente, rend son utilisation facile ( chez le chat notamment).
L'alpha-casozépine est également capable de faire durablement disparaître un état anxieux si la prescription est accompagnée d'une thérapie contextuelle efficace.
 

3. Les antidépresseurs.             

La clomipramine ( clomicalm)C'est sans doute la molécule au pouvoir anxiolytique le plus puissant.L'anxiolyse s'installe lentement et il ne faut pas s'étonner d'un traitement de six à douze mois.             

La sélégilline (selgian)Elle possède un pouvoir régulateur des synapses dopaminergiques et une capacité de relance des fonctions adrénergiques qui en font une molécule particulièrement indiquée dans l'anxiété avec anticipation et hypervigilance.             

Les ISRS ( fluoxétine, fluvoxamine)Ils peuvent être prescrits comme anxiolytiques mais ce n'est pas leur utilisation principale en médecine vétérinaire. A fortes doses, quand il existe une anxiété associée soit à la dangerosité soit à de l'hyperactivité, l'utilisation de ces isrs est intéressante.IL faut siganler qu'habituellement, les neuroleptiques n'ont pas d'efficacité.


  4. La thérapie
L'anxiété a des origines floues. La thérapie ne peut donc pas s'attaquer aux causes profondes du trouble de l'humeur, mais elle doit s'attacher à placer le sujet dans un contexte favorable qui ne provoque pas l'anxiété.
Le médecin interniste éliminera les dysfonctionnements capables d'induire l'inconfort chronique: douleur, dysendocrinie, frustrations répétées.
Le psychiatre, après avoir choisi son psychotrope, s'occupera de la relation avec les autres et tentera d'harmoniser la communication avec la famille et l'entourage.
L'ethologue clinicien est pour sa part responsable de l'adaptation au contexte.

( d'après le point vetérinaire aout 2007: C.Arpaillange, N. Marlois,M.Marion, G.Muller,N.Massal)