d'après le Manuel d'acupuncture canine ( André Demontoy Editions du point vétérinaire) dont nous vous conseillons vivement la lecture

Les points du tronc (thorax et abdomen) sont des points, dont la disposition régulière, au même titre que le squelette axial (vertèbres et côtes), la musculature et l'innervation, rappelle la disposition métamérique embryonnaire. Ils sont disposés de façon linéaire.  

 

A) Disposition longitudinale des points.

Les points d'acupuncture sont disposés selon plusieurs alignements.

Ceux-ci peuvent êtres (tout comme la musculature du tronc) regroupés de façon à retrouver la division embryologique des somites en épisome et hyposome.

 

Points appartenant à l'épisome.

Ce sont des points de la face dorsale du tronc. On trouve les alignements de points suivants:

-         points situés sur la ligne dorsale médiane (entre les apophyses épineuses vertébrales, au-dessus des ligaments inter-épineux); ces points sont rattachés chez l'homme au méridien curieux appelé "Vaisseau Gouverneur".

-         points situés sur le sillon intermusculaire paravertébral proximal (entre le long épineux et le long dorsal); ces points sont les points paravertébraux de Hua Tuo.

-         points situés sur le sillon intermusculaire paravertébral moyen, séparant les muscles long dorsal et long costal (ilio-costal); ces points, rattachés à la branche interne du méridien de V., sont les points Yu du dos (points assentiments) chez l'homme.

-         points situés à l'extérieure de la musculature de l'épisome, sur une ligne paravertébrale distale; ces points se trouvent entre les digitations des muscles dentelés crânial et caudal (muscles de l'hyposome qui recouvrent le long costal en région thoracique, exception faite pour le court espace Th 10-Th 11) au niveau du thorax et, pour l'abdomen, sur le bord latéral de la masse commune, en-dessous de l'extrémité des apophyses transverses lombaires.
Ces derniers points paraissent collecter tout à la fois une hypersensibilité superficielle (cutanée) et profonde (musculaire). L'hypersensibilité cutanée pourrait correspondre à l'émergence, depuis le
plan profond, du rameau sensitif (latéral) de la branche dorsale du nerf rachidien. Ces points, comme tous les autres, collectent de plus une sensiblité purement somatique musculaire ou
ligamentaire. Ce sont les points du tronc dont la sensibilité est la plus facilement explorable. D'un point de vue pratique, ils sont connus comme étant les véritables points yu du dos, chez toutes les
espèces animales, pour les vétérinaires chinois.

NB: Il est difficile de suivre le lieu exact de pénétration de l'aiguille au niveau du thorax. Il se pourrait bien qu'en profondeur la puncture concerne, plutôt que la jonction myoneurale du muscle long costal (innervée par le rameau latéral de la branche dorsale du nerf rachidien, depuis l'espace entre le long costal et le long dorsal), la jonction myoneurale des petits dentelés (qui reçoit une innervation provenant de la branche ventrale). En ce cas, les Yu du thorax décrits chez les animaux devraient être en tant que points somatiques, rattachés à l'hyposome.

 

Points appartenant à l'hyposome (faces latérale et ventrale des parois du tronc).

L'observation de l'hypersensibilité de ces points à donné naissance à la théorie du "clavier équin" (par Roger).

Au niveau du thorax, les points latéraux se superposent au rameau latéral de la branche ventrale des nerfs rachidiens lors de la traversée de la paroi thoracique. Ils s'alignent au long d'une ligne oblique qui est parallèle au bord inférieur du muscle grand dorsal. Cet alignement recouvre les attaches de la portion charnue du muscle oblique externe. Parvenue à l'extrémité de la dernière côte, cette ligne de points se prolonge sur le flanc, où elle devient horizontale. Elle correspond alors à la traversée de la paroi abdominale par les rameaux latéraux des branches ventrales des nerfs rachidiens T13 (sous costal), L1,L2 (ilio-hypogastrique, L3 (ilio-inguinal, L4 (génito-fémoral). Par homologie avec l'humaine, ces points peuvent êtres rattachés avec les méridiens du foie, de la rate, de la vésicule biliaire. En médecine vétérinaire, ils sont parfois appelés Yu (improprement car ce ne sont pas des Yu du dos) ou Yu accessoires.

Au long du bord externe du muscle grand droit de l'abdomen, on trouve une ligne de points qui sont rattachés traditionnellement au méridien de l'estomac (ce méridien est censé concerné également la chaine des mamelons).

Au long de la ligne médiane ventrale (sur la ligne blanche pour l'abdomen) on trouve à nouveau une autre série de points (rattachés au Vaisseau Conception chez l'homme).

tronc1

A) Points de l'épisome:

- 1) points du V.G. (plan sagittal sur les ligaments interépineux).

 - 2) points paravertébraux de hua tuo.

- 3) points de la branche interne du méridien de V.(points Yu du dos chez l'homme)

- 4) points de la branche externe du méridien de V. (points yu du dos chez l'animal.

B) Points de l'hyposome:

- 5) points latéraux du tronc (méridiens de F. et de V.B.)

- 6) points du méridien de E.

- 7) points du vaisseau Conception (plan médian, sur la ligne blanche).

 

B)   Disposition transversale des points.

On peut grossièrement diviser le thorax en trois régions. Les lignes de séparation entre ces régions sont obliques vers l'arrière et le bas. Elles imitent la direction des fibres nerveuses du thorax et de l'abdomen ( cette direction est également celle de la partie supérieure des côtes. On décrit ainsi:

-         les points les plus antérieurs (de Th1 à Th6), qui ont une activité sur le contenu viscéral du compartiment thoracique (cœur, poumon).

-         les points de la région moyenne (Th6 à L1), qui ont une activité sur le diaphragme, ainsi que sur le contenu de la partie moyenne de l'abdomen (foie, estomac, rate, duodénum, pancréas).

-         les points postérieurs du tronc ( à partir de L2) (ainsi que des régions sacrées et périnéale), qui ont une activité sur le gros intestin, l'apparel urinaire et l'appareil génital.

 

- régions du tronc -

tronc2

Régions des points dorsaux et latéraux du tronc:

A) points actifs sur le contenu thoracique  

B) points actifs sur le contenu de la partie antérieure de l'abdomen  

C) points actifs sur le contenu de la partie postérieure de l'abdomen (plexus rénal, surrénal, gonadique).

D) région des points ventraux du tronc.

C) Propriétés des points du tronc.

Les points du tronc ont essentiellement une activité régionale. Quelques-uns sont dotés de propriétés distales et générales.

Propriétés régionales de type métamérique.

La découverte d'une hypersensibilité des points du tronc est une indication thérapeutique (il faut puncturer les points hypersensibles).

Les propriétés des points du tronc concernent (tout comme les modifications de sensibilité que l'on peut observer) les affections des structures somatiques et les affections viscérales.

L'activité sur les affections des structures somatiques concerne essentiellement le traitement des lombalgies et des dorsalgies.

Rappelons que celles-ci peuvent être dues à diverses causes:

-         pseudo-lombalgies d'origine viscérale, qui sont des douleurs accompagnant la venue des chaleurs chez certaines chiennes (douleurs concernant la zone autour de L3 essentiellement) ou bien des "pseudo-parésies" d'origine digestive s'accompagnant d'une hypersensibilité en regard de L5 (ces fausses lombalgies doivent être reconnues et traitées comme des affections viscérales).

-         dorsalgies et lombalgies "vraies"; il s'agit essentiellement chez le chien des hernies discales pour lesquelles l'acupuncture donne des résultats spectaculaires et rapides aux stades 1 et 2. Les résultats sont encore favorables au moins au stade 3 (50% d'amélioration progressive en général).

Rappelons que 50% des hernies discales tronculaires ne concernent pratiquement jamais les vertèbres en avant de Th8.

Les projections viscérales sur le tronc sont plus particulièrement explorables (modifications de la sensibilité à la pression digitale) au niveau des points Yu du dos.

On retrouve dans la disposition des points Yu du dos un calque de l'organisation en ganglions et plexus de l'innervation viscérale orthosympathique (projections des ganglions coeliaque, mésentérique crânial, supra-rénal, gonadique, mésentérique caudal et pelvien).

Les projections de la sphère digestive sont centrées sur les deux régions, d'une part,autour de D12, D13, L1, et d'aure part, autour de L5 (correspondant respectivement aux plexus mésentériques antérieur et postérieur).

Même regroupée en plexus, l'innervation d'un viscère ne procède jamais "purement" d'un segment médullaire. Elle dépend également des racines nerveuses situées en amont et en aval. Parler d'un "Yu de l'estomac" relève d'une simplification. En cas d'affection gastrique, le point "Yu de l'estomac" est le plus hypersensible et c'est celui qui doit être puncturé en priorité. Mais, on peut mettre également en évidence une hypersensibilité moins marquée concernant les points situés dans les espaces intervertébraux situés immédiatement en avant et en arrière de ce point. L'existence du phénomène de recouvrement permet d'expliquer la plupart des différences de cartographies entre les auteurs.

Signalons également que les "projections viscérales" du tronc doivent emprunter forcément les nerfs splanchniques du système ortho-sympathique. Elles s'arrêtent à la jonction lombo-sacrée. En arrière de ce niveau, une deuxième série de projections viscérales, concernant le seul contenu de la partie postérieure de l'abdomen (appareils génital et urinaire, rectum) s'établit, relayée cette fois par les nerfs issus du parasympathique sacré

- Propriétés distales.

Elles sont de deux types:

1) Propriétés distales sur les troubles locomoteurs.

L' innervation du membre postérieur est assurée par le plexus lombo-sacré (L3 à S1). On peut donc utiliser, pour les troubles de la locomotion, de façon "métamérique" des points du tronc, plus précisément les points de l'épisome. (En cas de paralysies des postérieurs rebelles aux punctures habituelles, on recommande la puncture ou la moxibustion du point Epigastre T32.

2) Propriétés distales "traditionnelles".

Elles découlent du "système des correspondances" établi par la médecine traditionnelle chinoise. Ces propriétés concernent essentiellement le traitement des organes des sens. On utilise en particulier les points du foie pour traiter les maladies oculaires et les affections des griffes, ceux de la rate et de l'estomac pour les affections de la bouche, ceux du rein pour les affections des oreilles.


3) Propriétés générales. 

Quelques points du tronc sont dotés de propriéts générales;

-         Les points dits du Vaisseau Gouverneur, situés sur les ligaments interépineux, qui ont une activité calmante sur le comportement, une activité anticonvulsivante et (au moins pour les premières thoraciques) une activité antifébrile.

-         Les points de projection des viscères, qui ont quelques propriétés générales; ainsi les projections du foie ont traditionnellement une activité sur la vision (deux hypothèses possibles; action sur le stockage et la mobilisation de la vitamine A ou bien action "à distance"), ainsi que sur les troubles de l'appareil musculaire (convulsions) et les hémorragies; les projections de la rate et de l'estomac sur l'appétit (on les préconise en cas de cachexie, peut-être agissent-ils sur les processus de digestion et d'absorption), les projections du rein sur les affections des os et des dents (troubles de la croissance chez le jeune et ostéoporose). On est tenté d'expliquer cette dernière propriété par le fait que le rein est le lieu ultime de la métabolisation de la vitamine D en 1-25 dihydroxycholecalciférol. La puncture des points Yu du rein est indiquée également dans les affections des articulations et l'asthénie intense (identité des projections du rein avec la projection des surrénales).