C'est un état pathologique, dont les symptômes sont similaires aux manifestations de la peur, en réponse à toute variation du milieu extérieur.
Elle se caractérise par plusieurs composantes;
- composante émotionnelle ( sentiment d'insécurité)
- composante comportementale ( conduites)
- physiques ( malaises et troubles neurovégétatifs)
- cognitive
La distinction entre la peur et l'anxiété réside dans le fait que la peur est éprouvée face à une menace réelle et immédiate alors que l'anxiété est une émotion diffuse et sans objet.
L' une et l'autre se caractérisent par un sentiment de crainte et de mise en alerte, accompagnée de manifestations neurovégétatives, mais si la peur est une réponse à une situation menaçante, l'anxiété s'en différencie par l'absence de stimulus déclenchant.
Cependant l'anxiété peut se révéler utile dans le sens où elle est associée aux capacités d'anticipation du danger, à la mémorisation des contextes dangereux.
L'anxiété "normale" a une valeur fonctionnelle car elle permet l'évitement d'une menace réelle.
L' anxiété pathologique produit des réponses inappropriée s'exprimant de façon irraisonnée et marquant une altération des capacités adaptatives de l'animal.
a) Bases biologiques
Les structures cérébrales impliquées dans les réactions de stress sont connues. Plusieurs systèmes biologiques sont incriminés en relation avec certaines régions cérébrales et des neurotransmetteurs..
- Structures cérébrales -
L'amygdale, petite structure paire située dans le lobe temporal, joue un rôle clé dans les réponses comportementales et physiologiques associées à la peur et à l'anxiété. Composée de plusieurs noyaux, cette structure reçoit des afférences de l'ensemble du cortex et intègre des informations en provenance de tous les systèmes sensoriels. Elle est étroitement reliée à l'hypothalamus et aux noyaux du système nerveux sympathique. C'est par ces connexions que l'amygdale détermine les réactions neurovégétatives liées aux émotions et intervient dans l'axe corticotrope dans les états de stress. L'hippocampe, situé à proximité, participe à la régulation du système hypothalamo-hypophyso-surrénalien en inhibant la sécrétion de corticolibérine par les neurones paraventriculaires de l'hypothalamus. Les neurones hippocampiques, pourvus de récepteurs au cortisol, dégénèrent lors d'exposition continue au cortisol.
Un cercle vicieux accentuant la réponse au stress s'installe.
En simplifiant, on peut dire que l'anxiété peut provenir d'un hyperfonctionnement amygdalien et d'un hypofonctionnement hippocampique.
- Neuromédiateurs -
De nombreux neurotransmetteurs sont impliqués dans l'anxiété. Les états anxieux pourraient être asociés à une hyperactivité des neurones adrénergiques. L'hyperactvité noradrénergéique est en particulier responsable de certaines manifestations physiques de l'anxiété; tachycardie, tremblement, mydriase.
Le GABA neurotransmetteur inhibiteur du cerveau est impliqué dans l'anxiété. L'effet thérapeutique des benzodiazépines, médicaments anxiolytiques, est en relation avec leur action sur les récepteurs GABA.
La sérotonine présente des concentrations élevées dans certaines régions du cerveau associées à l'anxiété.
Chez le chien, la modélisation , peut être simplificatrice, couramment utilisée se fonde sur un dysfonctionnement progressif des différents systèmes monoamonergiques;
L'anxiété paroxystique, qui peut s'apparenter au trouble panique, semble liée à une hyperactivité noradrénergique, comme en témoigne l'efficacité des anxiolytiques noradrénergiques, bêta-bloquants ou alpha2 agonistes.
L'anxiété intermittente semble plus complexe. Elle est dominée par une hyperactivité noradrénergéique et dopaminergique.
L' anxiété permanente est associée à une hyperactivité sérotoninergique et une hypoactivité dopaminergique.
- Hormones -
Les états de stress aigu provoquent une réaction immédiate du système sympathique aboutissant à la libération des cathécolamines ( adrénaline par les médullosurrénales et noradrénaline par les fibres post-ganglionnaires).
Ces cathécolamines entraînent une réaction d'alarme. L'activation de l'axe hypothalamo-hypophysaire et des autres systèmes hormonaux ( glucagon, prolactine, GH, etc) lui fait suite.
L'hypothalamus joue un rôle central et orchestre l'ensemble des modifications qui permettent une réponse coordonnée au stress. La réaction reste adaptative lorsque le système se désactive spontanément une fois le danger passé. L'actvité des neurones à CRH de l'hypoyhalamus est régulée notamment par l'amygdale et l'hippocampe.
Dans l'anxiété, la modulation de l'axe corticotrope réalisée par ces structures est déréglée. L'hyperfonctionnement de l'axe hypothalamo-hypophyso-surrénalien a des effets délétères sur le fonctionnement cérébral. Un véritable cercle vicieux se met en place et pérénnise le trouble anxieux.
b) Approche comportementale.
L'animal est considéré comme en équilibre dynamique par rapport à son milieu, réagissant par des réponses comportementales aux variations de celui-ci.
L'anxiété se définit comme une perte des capacités adaptatives du comportement. Le processus de généralisation, qui fait suite au processus d'anticipation, conduit l'animal à réagir à des stimuli qui ne sont plus identifiables et qui ont perdu toute parenté avec un éventuel stimulus phobique.
D'où l'impact des situations conflictuelles dans l'émergence des états anxieux.
L'approche comportementale permet d'expliquer trois processus essentiels d'apparition des états anxieux;
- l'évolution d'un état phobique primaire;
- les troubles de la communication
- le non respect des exigences éthologiques de l'espèce
On peut , en schématisant, considérer que l'explication de l'installation des troubles présente trois aspects principaux;
- les événements anciens ou récents
- le contexte social ou territorial
- les facteurs individuels
L'émergence d'un état anxieux dépend de la vulnérabilité individuelle et des contraintes du milieu. Vulnérabilité pouvat être de nature génétique, biologique ou psychosociale.
a) Les événements de vie.
Les événements anciens, dits vulnérants, correspondent aux différentes étapes du développement comportemental de l'individu. Les troubles du développement, syndrome de privation ou syndrome hypersensibilité hyperactivité, constituent des causes majeures d'anxiété.
Le développement comportementale détermine les capacités d'adaptation du sujet à son environnement et sa capacité à faire face à la pression de l'environnement. La qualité de l'attachement maternel et la richesse en stimulations du milieu de vie précoce sont les facteurs majeurs d'adaptabilité.
De façon générale, le stress prénatal ou postnatal précoce modifie profondément la réactivité de l'axe corticotrope ou du système sympathique, déterminant une plus ou moins grande sensibilité biologique au stress.
Des événements historiquement récents, dits précipitants, précèdent parfois l'installation d'un état anxieux. Le carctère traumatisant peut être important, universellement reconnu comme susceptible d'affecter tous les individus ( par exemple un accident de la circulation). Il détermine un état de stress post-traumatique.
La possibilité de mettre en place des stratégies d'évitement et de controler les stimuli aversifs de l'environnement est un des facteurs essentiels de bien-être chez l'animal, surtout dans un environnement potentiellement stressant. Soumis à des stimuli aversifs, comme des chocs électriques sans possibilité de s'y soustraire, il développe un état de détresse acquise. Un événement identique n'aura pas le même impact si l'animal a la possibilité de s'y soustraire ou non, car l'absence de contrôle génère un état de stress important.
b) Contexte social et environnemental.
La qualité des relations sociales a une influence majeure. Un lien d'attachement sécurisant permet à l'animal de faire face aux situations de stress les plus banales.
Des relations hiérarchiques instables et non pertinentes constituent chez le chien une cause fréquente d'anxiété. La communication est une exigence importante pour toute espèce sociale et les troubles de la communication ont également un potentiel anxiogène important..
Chez le chat, la stabilité territoriale et les respect des exigences éthologiques sont des facteurs majeurs d'équilibre émotionnel. Les conditions de vie doivent respecter les besoins de base de l'animal et assurer un confort élémentaire en matière de nourriture, de boisson et d elogement. On rejoint ici la notion de bien-être et de qualité de vie qui est souvent associée à celle d'anxiété d'origine environnementale chez les carnivores domestiques.
c) Vulnérabilité génétique
Les facteurs génétiques sont considérés comme peu influents dans la plupart des troubles anxieux. Ils ne sont importants que dans les troubles obsessionnels compulsifs (TOC).
Un influance raciale est reconnue chez les chiens. Certains types raciaux exprimant plus volontier des symptômes particuliers; tachycardie et crises convulsives chez les caniches, ptyalisme et troubles digestifs chez les molossoïdes ou le berger de Beauce...)
d) Affections organiques.
Certains affections organiques s'expriment par des troubles anxieux. Il s'agit pricipalement des dysendocrinies.
L'hyperthyroidie détermine chez le chat un tableau d'anxiété intermittente. L'hypercortisolisme peut aussi s'exprimer par un tableau clinique d'anxiété.
La douleur et les manifestations d'inconfort liées à la maladie peuvent également générer de l'anxiété.
Les conséquences de l'anxiété sont multiples:
a) Manifestations comportementales.
Elles sont classées selon leur caractère productif ou déficitaire. Les signes cliniques peuvent être à l'origine même de la consultation ou mis en évidence par le clinicien.
b) Symptômes organiques.
Le stress aigu s'accompagne de manifestations neuro-végétatives alors que les états chroniques s'illustrent par des maladies évoluant par crises, comme les cystites idiopathiques chez le chat ou le syndrome de l'intestin irritable chez le chien. Le stress chronique est également associé à une immunosuppression qui augmente la sensibilité de l'organisme aux maladies.
c) Conséquences relationnelles.
L'anxiété induit des comportements gênants dont les conséquences sur la relation entre l'animal et son maître seront importantes. La perte du lien est l'une d'entre elles, pour l'un et l'autre des acteurs de la relation. Les propriétaires ou des tiers peuvent être victimes d'agressions. L'animal peut subir une mise à l'écart ou des punitions qui aggravent encore l'anxiété. Et aussi.....l'anxiété, comme tout trouble du comportement, est une cause non négligeable d'abandon et d'euthanasie.
( d'après le point vetérinaire aout 2007: C.Arpaillange, N. Marlois,M.Marion, G.Muller,N.Massal)