A. Les symptômes organiques
1) Symptômes cutanés.
On peut obsever des granulomes de léchage, de l'onychophagie, des zones d'alopécie où le poils est tondu par l'animal lui-même. Il s'agit de lésions d'auto-mutilation correspondant à des activités substitutives. Elles constituent parfois le suel symptôme évident de
l'affection anxieuse. Cette activité motrice volontaire intervient lorsque le contexte ne permet pas une réponse adaptative. L'hypothèse retenue dans la genèse d'un granulome anxieux fait intervenir les systèmes sérotoninergiques et dopaminergiques. Le
système opioïde des bêta-endorphines intervient, mais secondairement. Le léchage cutané provoque des stimulations de faible intensité qui ont pour conséquence une augmentation du seuil nociceptif, d'où aggravation du léchage.
Secondairement; lorsque le trouble continue d'évoluer et que le granulome de léchage est bien installé, la stimulation nociceptive est plus importante et fait alors intervenir le système des bêta-endorphines. Ces dernières stimulent le centre du plaisir et renforcent ainsi le comportement de léchage.
Chez le chien, une prédisposition génétique à l'expression de l'anxiété sous une forme cutanée semble exister chez les retrievers, les caniches, les bergers des Pyrénées et les dobermans.
Chez le chat, l'expression cutanée d'un trouble anxieux peut se manifester de plusieurs façons:
- une alopécie extensive féline produite par un comportement de toilette hypertrophié;
- une alopécie localisée, le léchage sur une zone bien circonscrite pouvant, comme chez le chien, entraîner un granulome.


2) Symptômes digestifs.
Vomissements
Chez le chien, on peut établir un lien entre des troubles digestifs hauts récidivants et l'anxiété. Lors d'épisodes récidivants sans amaigrissement ni variation de régime alimentaire, la réalisation d'un calendrier des épisodes permet souvent de mettre en évidence une corrélation avec des événements familiaux ( visite, garde d'enfants, etc.) Il s'agit également d'un symptôme régulièrement rencontré lors des syndromes de privation.
Selles non moulées
Le syndrome de l'intestin irritable correspond à une perturbation de la motricité et de la sensibilité viscérale en réponse à une perturbation émotionnelle. Une prédisposition liée au sexe et à la race est démontrée. L'apparition ou l'entretien du trouble sont reliés à une contrainte à laquelle l'animal ne peut se soustraire.
3) Symptômes cardio-respiratoires.
86 % des chiens atteints d'endocardiose mitrale présentent des troubles émotionnels et pour 71 % d'entre eux, les manifestations de tachycardie-tachypnée sont la principale expression de leur anxiété.
Les troubles anxieux sont un facteur important d'aggravation de la maladie mitrale et pourraient constituer un facteur déclenchant. Il existerait un déterminisme génétique de la maldie mitrale dont l'expression serait modulée par l'exposition au stress de l'animal.
4) symptômes neurologiques.
Le lien entre épilepsie et anxiété est aujourd'hui établi chez l'homme. Il repose sur le GABA, neurotransmetteur inhibiteur. Les crises d'épilepsie se produisent quand le GABA ne remplit pas correctement sa fonction de "frein" permanent. Comme l'épilepsie, l'anxiété est dépendante du GABA. Des molécules, qui inhibent l'action du GABA, entraînent un comportement anxieux quand elles sont administrées à moyennes doses et des convulsions épileptiques à plus fortes doses. Les similitudes entre les épilepsies humaine et canine sont nombreuses. La reconnaissance de l'anxiété comme facteur d'aggravation et son traitement améliorent le pronostic chez le chien génétiquement prédisposé à l'épilepsie primaire.
B. Points communs des symptômes
Quelque soit le système organique mis en jeu, il existe des points de similitude entre les différents symptômes organiques, reflets d'un trouble anxieux sous-jacent.
1) Evolution
La manifestion du trouble peut être aiguë ( diarrhée profuse, ptyalisme, syncope) ou au contraire chronique. C'est sous cette dernière forme ( qui dure et se répète dans le temps) que les troubles motiveront le plus souvent une demande de soins.
Progressivement, l'apparition du symptôme est de plus en plus rapide et le déclenchement intervient à la suite d'événements de plus en plus discrets. En particulier lors de dysfonctionnement d'une communication homme-animal, des incohérences de message de plus en plus faibles vont pouvoir déclencher une manifestation organique. Il semble que la réponse face à un déséquilibre émotionnel ait été apprise par l'organisme et qu'il y ait une instrumentalisation de la réponse. Les affections organiques induites par ce déséquilibre émotionnel ne mettent pas en jeu le pronostic vital de l'animal et la mise en place d'un traitement symptomatique est la plupart du temps efficace. Cependant, le traitement ne permet pas d'empêcher une récidive, ce qui donne au propriétaire un sentiment de non-guérison.
2) Mécanisme
Les réponses de l'organisme soumis à un stimulus stressant ou à une émotion interviennent à la fois au niveau central et au sade neuro-végétatif afin de proposer une réponse globale adaptée.
Une manifestation anxieuse correspond à un dysfonctionnement dans tout ou partie de la réponse. Celle-ci n'étant alors plus adaptative. L'anxiété s'accompagne d'une modification progressive des réponses neuromédiatrices, entraînant l'inhibition de nombreuses réponses comportementales. Selon la vulnérabilité de l'animal ( génétique, antécédents médicaux...) différentes réponses seront possibles. Ainsi, dans des contextes similaires, des chiens de même race et de même âge pourront trouver une expression différente d'un même trouble du comportement.
C. Conclusions
De nombreux mécanismes restent encore à élucider mais, en clinique, le lien entre trouble anxieux et manifestations somatiques est une évidence. La prise en compte de l'état émotionnel de l'animal doit s'intégrer dans toute démarche clinique complète. L'hypothèse comportementale ne doit pas être une hypothèse diagnostique d'exclusion, quand tout le reste a déjà été évoqué, mais doit figurer dès le départ parmi les possibles du praticien. Certains propriétaires peuvent penser que la satisfaction des besoins primaires et l'amour protègent l'animal de l'anxiété. A condition d'en avoir lui-même conscience, le vétérinaire est idéalement placé pour faire le lien et expliquer comment une affection comportementale peut parfois se cacher sous l'expression de symptômes organiques.