a) Généralités:
On désigne communément sous le nom de "toxique convulsivants" trois pesticides de nature organique: la Strychnine, le Métaldéhyde et la Crimidine. Ils sont à l'origine d'intoxications graves, survenant chez les carnivores domestiques et se traduisant sur le plan clinique essentiellement par des symptômes de type convulsif.
LA STRYCHNINE est un alcaloïde obtenu par extraction à partir de deux plantes originaires d'Extrême - Orient. Elle possède une structure polycyclique azotée dans laquelle on reconnait un motif indolique. (hachuré). Elle se présente sous la forme d'un solide cristallisé incolore, inodore de saveur amère intense et persistante. Elle est commercialisée très souvent à l'état de sulfate. Elle est employée (essentiellement sous forme de sulfate) dans des appâts à teneur réglementée, destinés à détruire les taupe ("Taupicine).
LE METALDEHYDE ou Métacétaldéhyde ou Méta, appelé communément alcool solidifié, charbon blanc ou Métafuel est un trimère de l'acétaldéhyde obtenu par synthèse. Il est utilisé comme combustible (sous forme de tablettes blanches rectangulaires) pour allumer les poêles à mazout, les barbecues ou sous la forme d'appât, dont le support est une matière inerte, organique (son, par exemple) ou inorganique. Les appâts recèlent en général 5 p. cent de métaldéhyde. Certains contiennent un répulsif pour chien (inefficace). On épand au moins 300 à 1000 g de produit par hectare. Il est aussi utilisé sous la forme à pulvériser (Métaldéhyde stabilisé et émulsifié ou poudre mouillable). On pulvérise 6 à 7 kg de produit par hectare.
LA CRIMIDINE (ou Castrix) est un dérivé chloré de la pyrimidine. C'est la chloro-2-, méthyl-4, diméthylamino-6 pyrimidine. LA CRIMIDINE est un taupicide, présenté surtout en appâts à la concentration de 0,1 p. cent. Les espèces concernées sont essentiellement les carnivores (chien). On relève également quelques cas chez les ovins et les équidés (Métaldéhyde).
La strychnine, la Crimidine et le Métaldéhyde sont rapidement absorbés au niveau de l'intestin. Les deux premiers ne traversent pas la muqueuse gastrique. La Strychnine est oxydée par les microsomes hépatiques, puis conjuguée. Le métaldéhyde d'abord converti en éthanol, peut ensuite être dégradé en C02 et H20. L'élimination de tous ces toxiques se fait essentiellement par le rein. Tous trois sont destinés à la destruction de nuisibles.
Les intoxications sont de deux types:
Ils sont accidentelles chez les chiens ingérant des appâts à la strychnine, destinés à la destruction de nuisibles. Aussi chez les chiens avalant des tablettes de "Méta" laissées par des campeurs ou (plus fréquemment) absorbant des granulés hélicides.
Les intoxication sont criminelles: Lorsque des voisins agacés par les aboiements d'un animal. Ce type d'intoxication est fréquent (surtout avec la strychnine). La Strychnine occasionne essentiellement une atteinte médullaire, qui provoque l'apparition des convulsions.
Il y a perturbation de la réflectivité de la moelle, celle-ci étant fortement accrue et surtout incoordonnée (le phénomène affecte aussi bien les muscles agonistes qu'antagonistes). Les influx diffusent apparemment sans ordre dans le névraxe au lieu d'emprunter les circuits préformés, franchissant toutes les synapses excitatrices sans distinction.
La Crimidine semble être un antagoniste de la vitamine B6. Le mécanisme d'action du Métaldéhyde au niveau du système nerveux est inconnu. Il a certainement une action irritante sur la muqueuse digestive.
b) Signes cliniques:
Nous ne donnerons ici sous forme de tableau que les principaux symptômes en soulignant ceux qui ont une importance pour l'établissement d'un diagnostic clinique différentiel entre les 3 intoxications.
STRYCHNINE METALDEHYDE CRIMIDINE
1ère Phase
-Inquiétude, hyperréflectivité
-Contracture musculaire progressive
-Inquiétude (parfois agressivité)
-Fléchissement des membres postérieurs
-Fibrillations musculaires
-Tachycardie, dypsnée
-Eventuellement troubles du comportement avant l'apparition des crises, aboiements
-Phase TONIQUE initiale avec parfois emprosthotonos. Large ouverture buccale.
2ème Phase
-Hyperesthésie
-Accès convulsifs de type TONIQUE avec opisthotonos (crises rétaniformes)
-Hyperthermie
-Resserrement des sphincters.
-Mort asphyxique au cours d'une crise convulsive
-Inconscience, indifférence aux stimuli extérieurs.
Hallucinations.
-Violentes crises CLONIQUES
-Hyperthermie
-Mydriase-Ptyalisme
-Vomissements
-Relâchement des sphincters.
-Mort asphyxique
-Crises CLONIQUES
avec pédalage, mâchonnements (crises épileptiformes)
alternant avec des phases de prostration.
-Hyperthermie
-Ptyalisme
-Mort asphyxique
Les lésions sont peu caractéristiques. En général, on observe: une rigidité cadavérique précoce si les symptômes ont duré longtemps; une congestion hémorragique généralisée de tous les organes et tissus (poumons, foie, méninges notamment) avec des pétéchies cardiaques ou pleurales. Le contenu gastrique présente fréquemment une teinte bleuâtre. Avec la Strychnine, on remarque très souvent une pancréatite hémorragique dont certains auteurs estiment qu'elle est pathognomonique.
c) Diagnostic:
Le diagnostic étiologique s'appuie sur les commémoratifs (présence d'appâts anti-limaces, zone d'enzootie rabique, menaces proférées à l'encontre de l'animal. Le diagnostic clinique s'appuie sur la présence de troubles convulsifs survenant brutalement doit faire penser à ce type d'intoxication. Néanmoins, le diagnostic différentiel doit être fait: avec d'autres intoxications (insecticides organo-phosphorés et carbamates, insecticides organo-chlorés, plomb. C'est le plus souvent le Diagnostic de laboratoire qui permet de conclure après la mort de l'animal. Les prélèvements requis dans ces cas sont: l'appât suspect, le vomiturations, et le contenu gastrique.
d) Traitements symptomatiques:
Il est nécessaire dans un premier temps de placer l'animal à l'obscurité et au calme et d'administrer éventuellement des analeptiques cardio-respiratoires afin de soutenir les fonctions vitales. On limite l'absorption grâce au lavage gastrique ou à une vidange de l'estomac (Apomorphine: 2 mg\kg par voie sous-cutanée). Ceci avant le début des symptômes, notamment dans le cas de la strychnine dont l'absorption est quasi nulle dans l'estomac. On peut également administrer du charbon activé qui absorbe cet alcaloïde. Il faut augmenter la diurèse: osmotique neutre (sérum glucosé hypertonique) pour la Métaldéhyde. La diurèse acide (chlorure d'ammonium en perfusion) pour la Strychnine et la Crimidine. Dans ce cas, les solutés alcalinisants (bicarbonate de sodium) sont à proscrire.
e) Le traitement des convulsions s'effectue avec:
Le Pentobarbital sodique (NEMBUTAL ND) sans dépasser l'anesthésie légère (30 mg\kg par voie intra-veineuse). En raison des risques de surdosage, il vaut mieux utiliser le Diazepam (VALIUM ND) qui est également myorelaxant (2mg\kg par voie intra-veineuse, des doses de 1 mg\kg pouvant être répétées lors de nouvelles crises.
CONCLUSION:
La Strychnine, la Crimidine et le Métaldéhyde sont responsables du fait de leurs propriétés neurotoxiques, d'accidents aigus graves à dominants convulsive. Les examens cliniques ou nécropsiques permettent difficilement d'incriminer de façon préférentielle l'un de ces trois composés. Le diagnostic de laboratoire post mortem revêt donc, en l'occurrence, une importance toute particulière, encore faut-il qu'il soit correctement orienté grâce à des commémoratifs suffisamment explicites. En l'absence de toute identification précise du produit à l'origine de l'intoxication, le vétérinaire dispose heureusement d'un schéma thérapeutique de base "anti-convulsivant" qui lui permet de faire face à l'urgence.