Des facteurs intrinsèques tenant à l'animal et extrinsèques relatifs aux substances administrées interviennent dans la genèse des intoxications médicamenteuses.
1 - Facteurs intrinsèques:
La toxicité d'une substance varie en fonction de certains facteurs d'origine génétique (espèce, race) et pathologique.
a) Espèce: Les variations spécifiques sont importantes à considérer en médecine vétérinaire. Les voies et l'intensité des biotransformations souvent différentes d'une espèce animale à une autre peuvent expliquer des différences de sensibilité aux médicaments. Le chat présente un faible pouvoir de glucurono-conjugaison qui le rend particulièrement sensible aux acides aromatiques (acide acétylsalicylique, acide benzoïque) et aux dérivés phénoliques.
b) Race: La race peut également expliquer les variations de sensibilité aux substances chimiques, dûes à des différences d'équipement enzymatique de biotransformation. Les races de lévriers Greyhound et Whippet sont très sensibles aux insectides organophosphorés, le Colley à l'ivermectine, la race Beagle aux anti-inflammatoires non stéroïdiens.
c) Age: Chez le nouveau né, l'immaturité de la fonction rénale peut être une source de toxicité avant le premier mois de la vie. Chez les animaux âgés, les réactions de biotransformation sont très ralenties, ce qui explique leur plus grande sensibilité aux médicaments.
d) État pathologique: Des lésions préexistantes au niveau du rein et du système nerveux central favorisent l'apparition d'accidents toxiques lors d'administration de pipérazine au chat. D'une manière générale, les insuffisances hépatiques (ictère, parasitisme....) peuvent entraîner une sensibilité accrue aux substances chimiques par suite d'une modification des réactions de biotransformation.
2 - Facteurs extrinsèques
a) Nature du principe actif: Certains médicaments vétérinaires présentent une toxicité relativement marquée. En effet, l'indice thérapeutique (DL 50/DE 50 ou Dose Létale 50/Dose Effective 50) de certains principes actifs est relativement faible. Le faible indice thérapeutique du tétramisole (2 à 4) chez la plupart des espèces animales explique le grand nombre d'accidents observés avec ce composé. D'autre part certains anti inflammatoires non stéroïdiens utilisés en thérapeutique humaine sont à proscrire en médecine vétérinaire. C'est le cas de l'indométhacine qui entraîne à la dose de 0.5 mg/kg des ulcères perforants mortels alors que la dose usuelle chez l'homme est de 2 mg/kg. Il en est de même pour le piroxicam très mal toléré chez le chien (provoque des ulcères digestifs).
b) Excipient: L'acide benzoïque est un excipient très mal toléré chez le chat.
c) Interactions pharmacocinétiques: Le chloramphénicol inhibe les enzymes microsomales hépatiques qui interviennent dans les réactions de biotransformation des médicaments. Chez les carnivores, on observe une inhibition enzymatique presque immédiate après administration d'une dose thérapeutique de chloramphénicol (30 à 50 mg/kg). La durée de l'anesthésie induit par le pentobarbital est prolongé de 120 % chez le chien et de 260 % chez le chat. Le chloramphénicol inhibe également les biotransformations de la phénytoïne (antiépileptique). Des cas d'intoxication ont été signalé chez le chien lors d'administration simultanée de ces deux composés