La leishmaniose générale du chien est une protozoose, inoculable, infectieuse et transmise par piqûre de phlébotomes, due à la présence et à la multiplication dans les cellules de la lignée macrophagique de protozoaires flagellés appartenant à l'espèce Leishmania (donovani) infantum.
1) Généralités
La leishmaniose se caractérise cliniquement par une atteinte viscérale et cutanéo-muqueuse, ( d'où le qualificatif de générale...) et sur le plan lésionnel par une atteinte de tous les organes et tissus contenant des cellules macrophagiques.
- L.infantum est un parasite zoonosique, agent chez l'homme de la leishmaniose viscérale ou kala-azar méditéranéen.
- L.infantum infecte les canidés, domestiques ou sauvages ( renards en France), mais les rongeurs ( rats noirs) peuvent aussi êtres infectés par certaines souches. Chez l'Homme, pendant longtemps, cette infection a surtout touché les enfants ( d'où le nom d'infantum). Actuellement la majorité des cas est observée chez les individus immunodéprimés.
Importance
L'importance médicale est liée à la gravité de la maladie. Elle évolue progressivement vers la mort de l'animal. Le traitement ne permet qu'une guérison momentanée, il n'entraîne pas l'élimination des parasites et des rechutes ont lieu régulièrement.
L'importance hygiénique est liée au fait que les chiens représentent le réservoir de parasites pour l'Homme. Elle n'est cependant pas contagieuse directement du chien à l'Homme.
Répartition géographique
L.infantum est présent dans le bassin méditerranéen, au proche et au moyen-orient, en Asie central et en Chine, ainsi qu'en Afrique occidentale sub-saharienne. Elle a été importée en Amérique du sud et centrale pas les colons européens.
En France, 3 foyers de forte endémicité sont distingués:
- le foyer Cévennes- Languedoc;
- le foyer Provence-côte d'azur qui s'étend au nord dans la vallée du Rhône;
- le foyer corse.
A côté de ces zones, des foyers d'extension sont observés. Ils sont liés au retour de chiens infectés et à la présence de phlébotomes pouvant étendre le nombre de cas. Des cas peuvent être observés sur tout le territoire et concerner des chiens ayant séjournés dans les zones d'endémie.
Etude de Leishmania infantum

Les leishmanioses sont des protozoaires flagellés se présentant sous deux aspects morphologiques
distincts, chez le vertébré et le vecteur invertébré. De véritables formes flagellées extracellulaires appelées promastigotes sont observés chez les phlébotomes ou en culture, tandis que les chiens n'hébergent que des parasites intracellulaires et sans flagelles, appelés amastigotes. Les amastigotes sont présents au sein d'une vacuole parasitophore dans les macrophages parasités. Ils sont ovalaires et mesurent 3-4x 2µm. Ils renferment un volumineux noyau et un élément en forme de bâton, le kinétoplaste. Des leishmanies peuvent se voir en position extracellulaire lorsque les macrophages sont altérés par les techniques de prélèvements, ou lors de leur lyse et avant qu'elles n'en infecte un autre.
2) Biologie
Les leishmanies vivent au sein des macrophages (dermiques, spléniques, hépatiques, ou de la moelle osseuse), elles sont exceptionnellement rencontrées dans les monocytes sanguins. Elles survivent à la phagocytose puis à l'agression oxydative du macrophage. Elles se multiplient par division binaire longitudinale. Les phlébotomes femelles, hématophages, ingèrent des amastigotes au cours d'un repas. Au terme de 15 à 20 jours, des promastigotes infectant pour le vertébré sont présents dans les glandes salivaires de l'insecte.
Le repas du phlébotome est traunmatisant, créant un lac hémo-lymphatique qui permet aux promastigotes d'entrer en contact avec des cellules macrophagiques et d'être phagocytées. Leur multiplication peut ensuite débuter.
Pouvoir pathogène
Il est lié à l'infection de cellules du système immunitaire, ce qui provoque un déréglement
immunopathologique. Une réponse immunitaire fait suite à l'infection. Elle est cellulaire et
humorale. La réponse humorale, non protectrice est précoce et intense. Elle se traduit par
l'appatition d'anticorps, essentiellement IgG.
Ces derniers pourraient faciliter la phagocytose par les macrophages, et ne joueraient aucun
rôle protecteur, au contraire. Leur abondance et leur complexation avec des antigènes est
responsable des symptômes immunopathologiques relatifs aux immuns-complexes: glomerulo-
néphrite, arthrite. Ces IgG sont recherchés par sérologie.
La réponse à médiation cellulaire est généralement insuffisante pour entraîner une disparition des parasites. Elle est basée sur des phénomènes de cytotoxicité médiés par les lymphocytes tueurs (CD8 et NK), ainsi que par une réaction oxydative des macrophages induite par diverses cytokines .
Les leishmanies favorisent une réponse immunitaire humorale par stimulation des lymphocytes T CD4+ de type Th2 au détriment d'une réponse cytotoxique ( T CD4+ de type Th1).
3) Epidémiologie.
Epidémiologie descriptive
La leishmaniose est endémique là où les vecteurs sont nombreux, c-à-d dans le sud de la France. La prévalence d'infection dépasse 10% dans certaines localités en provence. Les infections sont saisonnières du printemps à l'automne.
Des cycles épidémiologiques ruraux et périurbains sont décrits. Les plus fortes prévalences sont observées dans les villages d'arrière pays, mais les cas sur des chiens vivants dans les banlieues pavillonaires sont de plus en plus nombreux.
Epidémiologie analytique.
Le réservoir domestique du parasite est la population canine. Les chiens cliniquement atteints, avec des lésions cutanéo-muqueuses, soit environ 50% de la population infectée, sont la source principale. 10% des chiens auraient une infection spontanément régressive et ne seraient pas source. Enfin 40% restant correspondent à des chiens en incubation ou cliniquement sains. Ces derniers hébergent des parasites dans le derme et doivent être considérés comme source de leishmanies. Les chats, exceptionnellement infectés, ne jouent aucun rôle épidémiologique. Les phlébotomes sont la seule source directe de parasites. Deux espèces vectrices principales sont connues en France. Phlébotomus ariasi est un phlébotome actif l'été, essentiellement présent en Langudoc et Cévennes. Il est présent à l'extérieur des habitations, sur les petites collines. Il confère un caractère rural à l'endémie. Phlébotomus perniciosus est ubiquiste, présent sur l'ensemble du territoire français. Il n'est cependant abondant que dans la région Provence-Alpes-Côted'azur, durant une période assez longue et avec une densité suffisante pour maintenir une endémie leishmanienne. Il vit près des habitations, avec une activité crépusculaire. Sa démographie montre un pic printanier et un pic automnal. Il craint le vent et ne se rencontre pas sur le rivage. Les phlébotomes inoculent les leishmanies en piquant les chiens dans les zones glabres: chanfrein, conques auriculaires. Le pelage des chiens ne constitue pas une protection. La transmission in utero est possible mais probablement exceptionnelle. Il n'y a pas de variation de la réceptivité des chiens en fonction de la race ou du sexe. L'âge n'est pas un facteur de sensibilité. En revanche, le risque d'infection croît avec l'âge...L'état physiologique augmente la sensibilité des chiens qui risquent de développer des formes plus accusées, ou de présenter rapidement des rechutes après traitement.
Les chiens vivants à l'extérieur (chiens de garde, de berger) ont plus de "chance" d'être piqués. Le développement des zones pavillonaires explique l'extension des foyers leishmaniens pusique les petits jardins créent des gîtes propices à la pullulation des vecteurs.
4) Etude clinique
Les symptômes apparaissent après une phase d'incubation très variable ( entre 3 mois et 1 an). Comme l'incubation est longue, la sérologie est souvent positive dès le début. La leishmaniose a une symptomatologie polymorphe, associant de nombreux signes, généraux ou cutanés. La présence d'un seul signe doit faire suspecter la maladie.
symptômes généraux
- Modification du caractère: le chien est apathique, triste. Cet état peut aller jusqu'à la torpeur. L'appétit est diminué.
- Amyotrophie: les chiens subissent une fonte musculaire. Elle intéresse la tête ( muscles temporaux et masseters). Les fosses temporales se creusent: "tête de vieux chien".
Ultérieurement, même les membres s'amincissent, ainsi que les hanches qui saillent.
- Amaigrissement: le chien prend une allure de vieux chien misérable et triste.
- Hyperthermie: très inconstante.
- Modifications sanguines et biochimiques: une anémie, une leucopénie et une thrombocytopénie sont notées. la leucopénie s'accompagne d'une monocytose. Une hyperprotéinémie est rapidement observée. Les globulines augmentent ( inversion du rapport albumine/globuline passant de 1 à 0,3-0,1).
Symptômes cutanéo-muqueux
dermite sèche avec squamosis
- Dépilations: alopécie diffuse, éclaircissement du pelage sans dépilations nettement localisées. Dépilation plus marquée sur les membres, la tête ( pourtour des yeux, oreilles), la queue.
- Onychogryphose: pousse constante et rapide des griffes ("ongle de fakir").
- Trouble de la kératogenèse: apparition d'un squamosis important, avec de nombreuses squames de grande taille et brillantes ("furfur amiantacé"). Une hyperkératose peut être associée, l'épiderme s'épaissit et se pigmente, d'où un aspect plissé et grisâtre de la peau, généralement au niveau de la truffe, des oreilles.
- Ulcères: apparition d'ulcères, en cupules, ayant tendance à l'extension, d'où s'écoule une sérosité riche en leishmanies (forme humide). L'ulcère peut cicatriser momentanément (forme sèche). Les localisations préférentielles sont le pavillon interne de l'oreille (chancre primaire d'inoculation par le phlébotome), les coussinets plantaires (provoquant une douleur intense et des boiteries réflexes), la muqueuse pituitaire (engendrant des saignements de nez ou epistaxis, signe évocateur de leishmaniose, la muqueuse buccale, la muqueuse digestive ( diarrhée hémorragique)....
- Nodules sous-cutanés: prolifération des lignées macrophagiques dans le derme engendrant la formation de nodules de plusieurs cm de diamètre, palpables, non douloureux.
Symptômes liés au S.P.M.
- polyadénomégalie: noeuds lymphatiques hypertrophiés, facilement palpables pour les noeuds lymphatiques superficiels. Ils ne sont pas douloureux, leur ponction est intéressante dans le cadre du diagnostic.
- splénomégalie: inconstance chez le chien.
Autres symptômes
- symptômes oculaires: kératite bleue, conjonctivite, uvéite antérieure, choriorétinite.
Troubles nerveux, moteurs ou sensitifs.
Insuffisance rénale chronique liée à une glomérulonéphrite, ainsi que polyarthrite ( immuns-complexes).
Evolution de la maladie
Maladie d'évolution chronique, au cours de la quelle un état général satisfaisant peut se maintenir pendant plusieurs mois . Cependant l'évolution vers la cachexie puis la mort est de règle, seuls 10% des chiens vont rester "porteurs sains" ou se débarasser de ce parasite. Le traitement ne permet pas d'obtenir une stérilisation de l'organisme et les rechutes sont possibles.
Lésions
Les lésions cutanées reposent sur la formation de granulomes inflammatoires centrés sur des hystiocytes parasités ( granulomes lymphomonocytaires). Les atteintes générales sont aussi liées à une infiltration des tissus pas des cellules du S.P.M., d'où l'apparition de granulomes lymphomonocytaires et de manchons périvasculaires histiocytaires. Des dépôts d'immuns-complexes sont mis en évidence au niveau des articulations comme des glomérules rénaux.
Pathogénie et immunité
La symptomatologie de la leishmaniose est liée à l'infiltration de tous les tissus et organes par des cellules des lignées macrophagiques. La synthèse de diverses cytokines aux effets variés, comme l'interféron gamma, l'interleukine 1, permet d'expliquer de nombreux troubles. La leishmaniose est une maladie à dominante immunologique. Les leishmanies survivent au sein des macrophages, en bloquant leur activité et en modulant la réponse immunitaire de l'hôte.
Diagnostic de la leishmaniose
- diagnostic clinique et différentielLe diagnostic de la leishmaniose repose d'abord sur des considérations épidémiologiques et cliniques. De nombreuses maladies interviennent dans ce diagnostic:
- des dermatoses: gale sarcoptique, démodécie, pyodermites et dermatoses auto-immunes, cliniquement très proches de la leishmaniose.
- des maladies générales: évolutions cancéreuses, erhlichiose ( abattement et epistaxis), lupus érythémateux disséminé ( tableau clinique presque identique à celui de la leishmaniose).
Diagnostic de laboratoire
- Eléments de suspicion:Monocytose ( de 4 à 40%), hyperprotéinémie ( 55g/l à 85 g/l voire plus) et hyperglobulinémie dont gammaglobulinémie ( bloc de béta-gamma globulines).
- diagnostic de certituderéalisable soit par dépistage sérologique de l'infection soit par recherche des leishmanies.
5) Méthodes de lutte
Traitement
Long et coûteux.Il faut que le propriétaire soit motivé et que l'état du chien le permette. Un chien séropositif mais bien portant, avec un titre en anticorps faible ( 1/160; 1/320), doit seulement faire l'objet d'une surveillance clinique accrue. Du fait du caractère zoonosique de la leishmaniose et du rôle de réservoir joué par les chiens, l'euthanasie pourra être conseillée sur un animal en mauvais état général.
Traitements associés
Dans certains cas, polyarthrite ou troubles oculaires, une amélioration clinique peut être obtenue lors de la mise en place d'une corticothérapie à doses immunodépresives. Les symptômes étant liés, pour partie, aux immuns-complexes, l'administration durant 15 à 20 jours de prednisolne à 1 mg/kg/j freine la synhèse d'anticorps. Cette corticotherapie peut être proposée lorsque l'urée sanguine est à 1,5 g/l.
Prophylaxie
Elle est très limitée du fait de l'absence de vaccination anti-leishmanies et de la difficulté de détruire le vecteur. Il faut éviter les piqûres de phlébotomes. Pour cela de simples mesures comme le fait de rentrer le chien au crépuscule sont utiles. Advantix et Scalibor sont des aides précieux pour protéger nos amis les chiens.