D'après un  article du Dr Valérie Dramard


 Un chien agressif est un animal qui présente de l'agressivité plus fréquemment que la moyenne et dans des conditions ne la justifiant pas. Il a un comportement inadapté. Un chien de compagnie ne doit pas montrer d'agressivité envers les personnes de son entourage sauf  si ces dernières ne se comportent pas de façon adaptée ( réprimandes inadaptées, maltraitance physique), il peut alors avoir un comportement agressif sans pour autant être foncièrement "agressif" dans le sens d'être un chien dangereux car inadapté.  C'est alors l'humain qui est l'inadapté...  La morsure en tant que telle se définit par la pose des dents de l'animal sur une partie du corps de la personne ( ou du chien) avec blessure ou non. Il ne s'agit pas de mordillements, ces prises en gueule que le très jeune chien ( ou le chien hypeactif) peut faire quand il est excité , dans le jeu par exemple.
           

Conduite à tenir devant un chien agressif


Quatre étapes permettent d'établir un diagnostic ou tout au moins un pronostic quant à l'agressivité.

Etape 1- Préciser le type d'agression

Il faut tout d'abord décrire le ou les agressions:

- Y a-t-il eu menace, grognements, aboiements, morsure, a-t-elle été unique ou multiple, légère ou grave ?
- Avant l'agression, dans quel état était le chien, était-il excité, éprouvait-il de la crainte, était-il couché, en train de dormir ou de manger ?
- Pendant l'agression,  se controlait-il ou était-il hors contrôle ?
- Après l'agression, quelle attitude a-t-il adoptée: posture haute, dominante ou évitement, crainte, fuite, tremblements, colère et rage, ou indifférent, voire joyeux.

De ces observations différentes pistes diagnostiques peuvent êtres explorées.     

1) Menace sans morsure

Le propriétaire rapporte que son chien menace ( relève les babines, grogne, aboie) mais n'est pas encore passé à l'acte. L'attitude du chien et le contexte permettent de préciser le type d'aggresion- en posture haute ( oreilles et fouet dressés, membres tendus, regard droit). Agression hiérarchique ( dans un contexte de compétition hiérarchique, sur un individu pubère généralement). Agression territoriale ( aux limites du territoire) ou par irritation d'un chien se sentant plus dominant.- en posture basse ( oreilles basses, fouet porté bas, voire sous le ventre, membres fléchis, tentative d'évitement, regard de côté): agression par irritation d'un chien dominé.- avec des manifestations de peur ( tremblements, halètements, miction) : agression par irritation proche de l'agression par peur.Si les menaces  sont  fréquentes, notamment sur des personnes vulnérables, il est temps d'intervenir car si les situations se renouvellent souvent, le passage à l'acte de morsure va survenir et de plus en  plus souvent avec le temps.     

2) Morsure légère.

Le chien est passé à l'acte mais la morsure est suffisamment contrôlée pour qu'il n'y ait pas de blessure chez la personne agressée. Les critères précédents sont utilisés et les mêmes types d' agression peuvent être distingués.
Il faut intervenir si les agressions sont fréquentes ou si elles ont concernées des personnes vulnérables. Plus les morsures sont fréquentes moins elles sont contrôlées ( elles deviennent plus violentes) et plus les conséquences sont graves. On parle d'instrumentalisation ( passage à l'acte plus rapide, la menace disparaît progressivement, la morsure devient de moins en moins contrôlée.)     

3) Morsure grave.

Il est urgent d'intervenir si la morsure est grave ( nécessitant au moins de spoints de suture). La morsure n'est pas contrôlée et peut résulter de cinq phénomènes:- l'instrumentalisation: ( voir ci-dessus) d'agressions hiérarchiques ou par irritation fréquentes.

- le déficit d'auto-contrôle du chien qui n'a paa appris à contrôler sa morsure ( trouble du développement)

- un dressage au mordant chez un chien instable ( anxieux ou souffrant d'un trouble du développement).

- l'agression par peur: la morsure est incontrôlée et très violente. le chien présente avant, pendant et après la morsure des signes de peur ( tremblements, mydriase, halètements, miction ou défécation par peur...).

- l'agression de prédation: le chien prend la victime pour une proie, les blessures sont très graves, voire fatales. Il  peut entraîner des congénères dans l'agression ( effet de meute). Lors de morsure grave, le chien doit faire l'objet d'une évaluation comportementale rigoureuse par un vétérinaire comportementaliste.


Etape 2- Evaluer le risque d'une nouvelle agression.


  Une fois que le type d'agression est précisé, il faut évaluer le degré de prévisibilité de l'agression. Deux aspects doivent être explorés: le contexte dans lequel a eu lieu l'agression et l'existence ou non chez le chien d'un trouble du comportement ou d'une maladie qui augmenterait l'agressivité.

1) Contexte.

Il faut récolter tous les éléments se rapportant à la scène: date, heure, endroit exact ( pièce d'habitation, jardin, rue...) où était le chien par rapport à la victime? Qiue faisait chaque protagoniste? Quel semble avoir été l'élément déclencheur?
Le but est de pouvoir imaginer l'agression comme s'il s'agissait de reconstituer la scène.
Il est possible ensuite d'évaluer si l'agression peut être considérée comme normale dans le contexte décrit. Si oui, il sera possible de préciser aux propriétaires les situations à risque "normales" chez un chien. et comment les éviter. Sinon, le chien souffre d'un trouble du comportement qu'il faut traiter.

2) Diagnostic.   

Si l'analyse de l'agression permet d'affirmer que le chien a réagi anormalement, il souffre d'un trouble du comportement. le type d'agression et l'évaluation des autres comportements conduisent à établir ce diagnostic. L'anxiété intermittente, quelle que soit son origine, est la cause de nombreuses agressions de nombreuses agressions par irritation et par peur.   

Les troubles du comportement

Tous les troubles du développement induisent à plus ou moins long terme une anxiété intermittente. Plus précisément:- La dyssocialisation primaire: le chien ne sait pas se soumettre et ne contrôle pas ses morsures. Des agressions par irritation, par peur et de prédation sont possibles. Le chien est agressif depuis son adoption.
- Le syndrome Hs-Ha: le déficit d'auto-contrôle rend le chien plus impulsif, il passe à l'acte beaucoup plus facilement. Les agressions par irritation sont très fréquentes, les agressions de prédation sont possibles ( déficit du contrôle des comportements instinctuels).
- Le syndrome de privation sensorielle, plus précisément lors de phobie sociale. Le chien ressent de la crainte ou de la peur lors des interactions sociales avec les humains, le risque des agressions par irritation et par peur est important.   

Les troubles de la communication

Des relations incohérentes entre le chien et ses maîtres peuvent être à l'origine de conflit ( et d'anxiété). Lors de sociopathie, le chien a acquis des prérogatives de dominance qu'il refuse de perdre. On constate des agressions hiérarchiques, par irritation et territoriales.
Des réprimandes exagérées, de la maltraitance physique ou l'isolement excessif d'un chien peuvent générer des troubles anxieux chez l'animal, donc augmenter son agressivité ( contrainte, frustration, douleur).
Une personne dans l'environnement proche du chien qui se conduit de manière incohérente ( trouble psychiatrique, alcoolisme) induit des relations anxiogènes.   L'hypothyroïdieLes troubles hormonaux modifient le comportement. L'hypothyroïdie augmente dans certains cas l'agressivité chez un chien. Il s'agit surtout d'agression par irritation ( dans le lieu de couchage, surtout en fin de journée ou quand le chien est fatigué) et d'agressions par peur associées à l'évolution d'une anxiété intermittente. La supplémentation hormonale permet de diminuer rapidement l'agressivité.


Etape 3- Evaluer le danger


Le danger que représente un animal  est  fonction de son comportement mais aussi de sa taille et du contexte dans lequel il vit.

1) Taille du chien.

Un caniche dyssocialisé de 5 kilos, même très agressif, ne présente pas le même danger qu'un beauceron de 45 kilos " craintif" ( léger syndrome de privation sensorielle).

2) Présence de personnes vulnérables.

La présence de jeunes enfants, de personnes handicapées, d'hémophiles ou de diabétiques implique que la moindre morsure aura des conséquences plus importantes sur ces personnes que sur des adultes en bonne santé. Un animal perçoit la vulnérabilité d'un individu, il est généralement moins brusque. Toutefois, s'il est anxieux et se contrôle mal, il est probable qu'il agresse plus facilement les individus qui risquent moins de lui opposer de résistance.

3) Compétence des propriétaires.

On peut proposer trois catégories de pripriétaires de chiens:
- les débutants: c'est leur premier chien, leur connaissance du chien est faible.
- les grands débutants: ils ont l'expérience de leur chien précédent.
- les avertis: ils ont topujours eu des chiens.
Ces derniers peuvent être considérés comme des propriétaires compétentes: ils perçoivent assez justement  les particularités comportementales de leur chien.
Dans l'entretien avec les propriétaires débutants ou grands débutants, le praticien devra évaluer les compétences relationnelles avec l'animal, plus précisément leur habileté à évaluer les situations pouvant générer de l'agressivité chez leur chien.

4) Contexte de vie.

Contrairement à l'idée répandue qu'un chien vit plus heureux dans une maison avec un jardin qu'en appartement, il n'est pas certains qu'un chien soit plus "malheureux" en appartement et donc qu'il soit plus agressif.

Lieu ouvert

Si le chien vit dans une maison avec un jardin, ses propriétaires peuvent l'isoler si nécessaire quand ils reçoivent des personnes vulnérables qui doivent éviter le chien. Attention, certains font vivre le chien à l'extérieur de l'habitation ce qui ne facilite pas la socialisation du chien à l'humain et donc aux enfants de la maison.

Lieu fermé

La vie en appartement peut être agréable pour un chien dans la mesure où il est sorti régulièrement en promenade ( au moins deux sorties d'au moins 5 minutes par jour). Le chien étant un animal social, la vie en proximité de l'homme pour un chien bien socialisé est évidente. La taille du chien doit être compatible avec celle de l'appartement.


5) Dressage

Certaines techniques de dressage augmentent la dangerosité d'un chien qui au départ souffre d'un trouble comportemental.

Dressage au mordant

Certains éducateurs proposent de faire du mordant pour canaliser l'agressivité du chien. Il faut être conscient des risques que ce dresage entraîne: si le chien apprend à mordre ( sans contrôle) sur ordre et à lâcher sur ordre. pour que ce dressage soit sans risque, il faut que le chien se contrôle assez pour ne commencer son attaque que sur ordre de son maître et à lâcher aussitôt que son maître le  lui  ordonne. Chez un chien souffrant d'un déficit d'auto-contrôle ou plus généralement un chien anxieux qui se contrôle mal émotionnellement, le risque de dérapage est énorme.Selon la loi de janvier 1999, ce type de dressage est réservé aux professionnels.

Dressage au collier électrique.

Que des impulsions électriques soient émises par les aboiements du chien ou télécommandées, elles génèrent de la douleur et du stress. Si le chien ainsi réprimandé est anxieux, les conséquences des décharges électriques sont néfastes. Pour un chien agressif envers ses congénères, cette méthodes peut amplifier une phobie sociale existante. Le chien deviendra de plus en plus agressif envers ses congénères ( agressions par peur, incontrôlées).


Etape 4- Proposer

Si le chien vient d'agresser violemment le praticien peut proposer deux mesures:

- dans l'instant, isoler le chien ( dans une pièce, chez une personne de confiance), ou le faire hospitaliser.
- prévoir une consultation de comportement pour établir un diagnostic et un pronostic. En fonction des conclusions, une démarche thérapeutique adaptée est proposée ou l'euthanasie est décidée.
Le placement d'un chien agressif doit se faire avec précaution, les adoptants devant être avertis de la situation.
Il est déconseillé de placer le chien dans un refuge, les futurs adoptants étant rarement informés quant au passé du chien.