1- La formation du concept.
Le concept de nature intéressait déjà les premiers philosophes grecs. Ceux-ci le définissait comme étant toute chose extérieure à l'intelligence humaine et à son emprise. On faisait une distinction entre ce qui était uniquement du domaine de la nature et ce qui caractérisait la qualité d'humain. Ce dualisme était déjà implicite chez Aristote lorsqu'il disait: " la vie est commune à l'homme ainsi qu'aux plantes, et nous cherchons ce qui le caractérise spécialement"1 et poursuivait par "le bien propre à l'homme est l'activité de l'âme en conformité avec la vertu"2.
Cicéron manifeste également une distinction entre ce qui est du à l'homme et ce qui lui est indépendant: " ce qui me plait ( dans la vigne), c'est non seulement l'utilité mais aussi la culture et la nature"3.
Au moyen-âge, on pensait que la nature pouvait être modifiée par la culture, c'est-à-dire par l'action créatrice de l'homme.
La renaissance fait de la culture une éducation: " le travail consacré au sol s'appelle culture, et l'éducation des enfants s'appelel culture de leur esprit" ( T.Hobbes).
Dès le XVI siècle, la culture est comprise comme étant tout acte d'intelligence humaine. Elle devient un ensemble de connaissances et de réflexions se voulant le contraire du caractère irréfléchi, rude et violent des êtres vivant sous l'emprise de la nature.
La philosophie moderne distingue ce qui est constant chez l'homme comme étant naturel tandis que la culture varie suivant les types de sociétés et les valeurs morales.
On voit donc que la nature se définit comme étant ce qui s'oppose aux caractères propres de l'homme, son intelligence, sa culture.
2- De l'homme de la nature à l'homme de la culture
Au début de son histoire, l'homme est intimment attaché à la nature. Par la suite, il s'en sépare de plus en plus. Cet éloignement peut être perçu de deux façons différentes et opposées. Soit qu'il s'accompagne du malheur de l'homme, soit, au contraire, de son bonheur.
a) Eloignement de la nature et du bonheur.
Hérodote opposait la complexité de Héllènes à l'existence simpliste des barbares. Il pensait que par leur mode de vie ces derniers étaient plus heureux que les peuples raffinés. Les romains rêvaient également à la perfection des peuples vivant à l'écart de leur civilisation.
Les XVI et XVII siècles cultivaient une image paradisiaque de la nature. Il faut dire que cette image était bien entretenue par les récits contenant les découvertes des nouvelles contrées. Enfin la vague littéraire des "bons sauvages" va apparaître, de Montaigne à Rousseau en passant par La Fontaine, on s'enivre de la beauté et de la bonté de la nature; "ils sont sauvages, de même que nous appelons sauvage les fruits que la nature, de soi et de son progrès ordinaire a produit, tandis que à la vérité ce sont ceux que nous avons altérés par notre artifice, et détourné de l'ordre commun, que nous devrions appeler plutôt sauvages: en ceux-là sont vives et vigoureuses les vraies et plus utiles et naturelles vertus et propriétés" 4 ( Montaigne).
Mais bientôt un contre-courant và naître en opposition à ces visions idéalistes de la nature.
b) Eloignement de la nature et du malheur.
Hobbes est le premier à décrire le monde de la nature sous un aspect pessimiste et négatif. Kant opte aussi pour cette opinion: " l'état de la nature est plutôt un état de la guerre; car bien que n'y soit pas toujours présent l'éclat des hostilités, il y en a toutefois une menace continuelle".5
Karl Bücher a éclairé les derniers idéalistes du mythe des bons sauvages et a affirmé combien ceux-ci sont infiniment égoistes, voleurs, fainéants, cruels avec leurs semblables. Engels appuyait une telle vue lorsqu'il disait, se basant sur les observations faites par Morgan chez les iroquois; " la guerre régnait de tribu à tribu et la guerre était menée avec la cruauté qui distingue les hommes des autres animaux et fut seulement tempérée plus tard par l'intérêt". Herder et Kant transposent l'opposition nature-culture au niveau du problème de la liberté humaine. Selon eux, la domination de la nature par l'homme, les distances que l'on prend vis-à-vis d'elle grâce aux activités culturelles est un processus jouant en faveur de la liberté humaine. Dans ce sens, Hegel considère l'homme primitif, qui était en rapport étroit avec la nature, comme pouvant être caractérisé par un état de "non-liberté". Il considère également que l'évolution culturelle est un progrès dans la conscience de la liberté".
Ces philosophes estiment que la culture est l'issue de la nature, l'homme, suite à son évolution culturelle, devient souverain de la nature. Claude Levi-Strauss à montré que l'homme s'éloigne de la nature même au niveau du domaine de la reproduction pourtant considéré comme étant très influencé par la nature.
3- Déterminisme au niveau de la dualité nature-culture.
Au niveau de l'homme, on doit admettre l'existence d'une grand distinction entre le culturel et le naturel. Le déterminisme biologique n'existe pas au niveau d ela théorie culturelle. L'homme est le principal déterminant de sa culture. " Entre les hommes et le milieu naturel, précise L.Febvre, il y a l'idée, il y a toujours l'idée qui se glisse et s'interpose. Pas de faits humains qui ne soient des faits bruts. Jamais les faits naturels d'autre part n'exerce sur la vie des hommes une action purement mécanique, aveugle et empreinte de fatalité".6.
D'autre part Boas rejette également le déterminisme du milieu sur lka culture: " Nous pouvons nous attendre à découvrir une influence du milieu sur la culture, mais le fait que différentes formes culturelles apparaissent à différentes périodes dans le même milieuindique suffisamment que le milieu seul ne détermine pas des formes culturelles spécifiques"7 et "l'influence du milieu (sur la culture) est limité aux modifications causées dans les formes culturelles préexistantes. La direction que prend le stimulus dépend des facteurs culturels".8.
On peut donc dire que, par suite de son évolution culturelle, l'homme possède en quelque sorte, un degré de liberté de plus que les autres espèces vivantes. Bien sûr, il ne peut échapper au déterminisme que lui impose son " instance naturelle"
1 Cité dans Encyclopédie universalis: nature et culture ( G.de R-C) p 593
2 Cité dans Encyclopédie universalis: nature et culture ( G.de R-C) p 593
3 Cité dans Encyclopédie universalis: nature et culture ( G.de R-C) p 593
4 Cité dans Encyclopédie universalis: nature et culture ( G.de R-C) p 594
5 Cité dans Encyclopédie universalis: nature et culture ( G.de R-C) p 594
6 Cité dans Encyclopédie universalis: nature et culture ( G.de R-C) p 596
7 Cité dans Encyclopédie universalis: nature et culture ( G.de R-C) p 596
8 Cité dans Encyclopédie universalis: nature et culture ( G.de R-C) p 596