Intoxication des carnivores par les raticides anticoagulants
a) Étiologie:
A la suite de la consommation d'appâts raticides. Cas relativement fréquent chez le chien, beaucoup plus rare chez le chat. On observe en effet en pratique, que le chien absorbe facilement des appâts à support céréales (on a retrouvé dans certains contenus stomacaux, des quantités de 200 à 500 g).
A la suite de la consommation de rongeurs intoxiqués. On discute beaucoup de savoir si l'ingestion de rongeurs récemment intoxiqués (vivants ou morts) est susceptible d'entraîner des accidents. Certaines observations sur le terrain permettent de la penser. Certains essais effectués au laboratoire semblent donner des résultats contraires. Il est donc aujourd'hui bien difficile de confirmer ou d'infirmer cette hypothèse étiologique.
b) Doses toxiques:
Coumagène - Doses mortelles
Administration unique Administrations répétées
Chien 50 mg\kg 5 mg\kg - 5-15 jours
Chat 50 mg\kg 1 mg\kg - 5-7 jours
Bromadiolone - Doses maximales tolérées
Chien 10 mg\kg
Chat > 25 mg\kg
Dérivés de l'indanedione - Dose mortelle
Chien 50-100 mg\kg
c) Les signes cliniques:
L'intoxication est caractérisé par un syndrome hémorragique sans localisation préférentielle et de degré variable en fonction de la dose absorbée, du mode d'absorption et du moment d'intervention. Les signes hémorragiques, qui apparaissent 3 à 12 jours après l'ingestion du toxique, sont d'autant plus importants que ce dernier a été absorbé progressivement et régulièrement pendant plusieurs jours.
Il y a une grande variabilité, de ce fait, des manifestations cliniques dont on fait plus volontiers la description dans l'espèce canine; le chat, du fait de son comportement alimentaire particulier et de sa propreté étant moins souvent intoxiqué. Notre expérience clinique en la matière nous permet de distinguer trois éventualités: 1: une forme suraiguë d'un animal dans une détresse physiologique extrême et où même la rapidité d'intervention du praticien laisse le résultat aléatoire; 2: Une forme aiguë qui revêt toujours un caractère d'extrême urgence; 3: Une forme subaiguë devant laquelle le temps de manoeuvre du clinicien lui permet de lever les rares ambiguïtés possibles.
La forme suraiguë:
Le chien est en état de coma. Les muqueuses sont blanc porcelaine. Les suffusions sur la muqueuse buccale sont souvent importantes en surface et en nombre. On note la présence de sang non coagulé au pourtour de l'anus et sur le thermomètre qui révèle, par ailleurs, une hyperthermie.
La forme aiguë:
Si la forme suraiguë demande une rapidité d'intervention telle qu'elle laisse le praticien impuissant dans la majorité des cas, il n'en est pas de même avec la forme aiguë ou l'évolution va de quelques dizaines de minutes à quelques heures. Le chien est amené, ou plus souvent "porté" par son propriétaire. Sa faiblesse est extrême. Les commémoratifs rapportent l'évolution progressivement croissante d'une diarrhée hémorragique jusqu'au déclenchement alarmant d'hématèse.
La forme subaiguë:
Le chien arrive à la salle de consultation à marche lente, la tête basse, dans un état de grande faiblesse. La polypnée est marquée. Sur les muqueuses pâles, les suffusions hémorragiques sont parfois difficiles à détecter.
d) Le diagnostic:
Le diagnostic clinique est celui du syndrome hémorragique. Il repose sur la constatation: De l'anémie, des suffusions (gingivales en particulier, du sang en nature dans les selles diarrhéiques. Ceci joint à des degrés divers à: une hypothermie, une hématurie toujours tardive et alarmante en médecine canine, des hématomes sous-cutanés, une hémopéritoine vérifié par ponction abdominale, une matité pulmonaire déclive devant faire suspecter un hémothorax.
e) Le traitement:
Le traitement antidotique, consiste en l'administration de vitamine K1 ou vitamine K3 (moins active) à la dose d'attaque de 5mg\kg. L'action est observable en trois à quatre heures. La dose d'entretien de la vitamine K, maintenue 6 à 10 jours est de 1 à 5 mg\kg par jour per os.
De la P.P.S.B. (prothrombine, proconvertine, Facteur Stuart, Facteur antihémophilique B) est disponible en flacons de 3,5 à 10 ml en provenance du centre national de transfusion sanguine. L'administration par voie I.V. à la dose de 0,2 à 1 ml\kg, son action est remarquablement efficace de façon immédiate.
Les traitements symptomatiques sont variés. On retient entre autre la fréquence d'emploi: des analeptiques cardio-respiratoires : solu-camphre I.V. (1 ml\25kg renouvelable toutes les heures), de l'oxygénothérapie qui, trop souvent négligée, permet de gagner des minutes précieuses.
Il y a enfin quelques règles de conduite à tenir et sur lesquelles nous mettons l'accent: maintenir l'animal au chaud et au calme, à l'abri de tout traumatisme, le manipuler avec précaution, éviter toute ponction d'hémopéritoine et d'hémothorax dans les deux premières heures, proscrire un certain nombre de médicaments qui favorisent le saignement: entre autres: l'aspirine, les corticoïdes, les antibiotiques de la flore intestinale, préférer toujours la voie I.V. avec autres voies, en choisissant la pose d'appareillage à demeure.
Enfin, veiller après 48 h. à enrayer des séquelles qui peuvent être graves, entre autres les hémorragies sous-durables, l'hémopéricarde et les hématomes intestinaux intramuraux qui peuvent donner un tableau clinique d'occlusion.