I - MORPHOLOGIE, PROPRIÉTES PHYSIQUES ET CHIMIQUES

Le virus rabique est un rhabdovirus

II - CULTURE

Applications pratiques :
Production de virus pour la préparation de vaccins à virus vivant ou inactivé ;
Modification de souches de virus (ERA) ;
Titrage des anticorps des sérums ;
Etude de la structure du virus, de ses composants, de sa cinétique de multiplication... ;
Diagnostic de la rage.

III - POUVOIR PATHOGÈNE

Au laboratoire, on utilise essentiellement la souris, beaucoup plus rarement le cobaye, le hamster, le rat... Les animaux à sang froid se montrent réfractaires, même après inoculation intracérébrale.
Le virus rabique possède un neurotropisme marqué ; on le trouve plus particulièrement dans certaines zones du système nerveux (corne d'Ammon).
Le pouvoir pathogène du virus rabique peut se mesurer par inoculation intra-cérébrale de dilutions croissantes de suspension virulente à des animaux, et détermination de la DL50. Ce titrage peut être utilisé pour contrôler le pouvoir immunogène des vaccins antirabiques (test NIH : National Institutes of Health, test de la pharmacopée européenne).
Pour connaître la réceptivité de différentes espèces animales à une souche donnée de virus rabique, on utilise, par contre, la voie intramusculaire.
La virulence du virus rabique est conditionnée par la présence d'arginine en position 333 sur la glycoprotéine G.
L'étude du pouvoir pathogène montre l'existence de variations.

a.Variations dans les conditions naturelles

 - Variations quantitatives

La virulence d'une souche, quelle qu'elle soit, est directement liée au nombre de virions inoculés. L'hypervirulence ou l'hypovirulence ainsi entraînée peut, par ailleurs, dépendre de l'espèce animale sur laquelle elle est appréciée (variation qualitative, voir infra).

 - Variations qualitatives

Elles concernent le tropisme d'une souche virale pour une espèce animale particulière, tropisme lui-même créé, entretenu ou modifié par passages successifs sur une même espèce animale. Ceci entraîne la sélection génétique de « clones » ou « biotypes » de pouvoir pathogène spécifique : les souches vulpines européennes sont relativement peu pathogènes pour le chien et le chat, et les souches canines nord-africaines peu pathogènes pour le renard.
Ce pouvoir d'adaptation naturel du virus rabique à une espèce a pour conséquences la diversité épidémiologique du « réservoir » et la nécessité pour l'Homme de ne pas favoriser une nouvelle adaptation (micro-mammifères par exemple).

b.Variations dans les conditions expérimentales

Par passages en série (sur animal, ou in ovo, ou en culture cellulaire), il a été possible de modifier le pouvoir pathogène de souches de virus rabique.
Sur animal
Les souches sauvages de virus rabique ou « virus des rues » fournissent des résultats variables après inoculation à l'animal (ex. : durées variables de l'incubation), essentiellement dus au nombre variable de virions qu'elles contiennent.
Pour disposer d'une souche de référence, Pasteur a essayé de « fixer » la virulence d'une souche en l'inoculant en série au lapin, par voie intracérébrale. Après plusieurs dizaines de passages, cette souche s'est adaptée au lapin et a perdu une partie de son pouvoir pathogène pour les autres espèces, lors d'inoculation parentérale. Une telle souche a vu certains de ses caractères se stabiliser, se fixer, d'où le terme de souche « fixe », par opposition aux souches sauvages de « virus des rues ». Les quatre caractères de la souche fixe Louis Pasteur sont :
La constance de la période d'incubation raccourcie à 6 jours pour le lapin la recevant par voie intra-cérébrale (16 à 30 jours pour le virus des rues),
La constance du titre viral cérébral,
La constance du caractère paralytique pur des symptômes,
L'absence de formation de corps de Negri.
Il existe d'autres souches de virus fixe dérivées de la souche Pasteur : souche CVS (Challenge Virus Standard), souche Pitman Moore (adaptée au cerveau de souris)...
Les vaccins à virus inactivé sont produits à partir de souches de virus fixe.

In ovo

      Deux souches ont été modifiées par passages en série sur embryon de poulet.

-Souche Flury

     Elle a été isolée en 1939 à partir de l'encéphale de miss Flury, morte de rage après avoir été contaminée par un chien. Elle a subi 136 passages sur poussin d'un jour puis a été adaptée à l'œuf embryonné. Au 45ème passage sur œuf embryonné, elle a reçu l'appellation LEP (Low Egg Passage) ; elle se montre encore virulente pour des animaux de laboratoire (souris, hamster, cobaye), pour le chat, les bovins, le chiot de moins de 3 mois et l'Homme. Elle est utilisée pour vacciner le chien de plus de 3 mois. Au 200ème passage en œuf embryonné, la virulence de la souche a diminué et le niveau HEP (High Egg Passage) est utilisé pour la vaccination du chien, du chat et des bovins.

-Souche Kelev

     100 passages sur œuf embryonné ; vaccination du chien et des bovins.

En culture cellulaire

     Une souche d'origine canine isolée au Canada est devenue la souche SAD (Street Alabama Dufferin) de virus fixe, par passages sur la souris ; elle a ensuite été adaptée aux cellules rénales de porc : elle est devenue la souche ERA (E. Gaynor, Roktiniki, Abelseth) qui est utilisée comme vaccin pour le chien, le chat, les bovins et le cheval et d'où dérive aussi la souche « Vnukovo 32 » (nom de l'aéroport moscovite) adoptée dans les pays d'Europe de l'Est.

 

V - POUVOIR ANTIGÈNE ET IMMUNOGÈNE

a.Antigènes et induction d'anticorps

     Il faut noter l'unicité antigénique du virus rabique, ce qui signifie que toutes les souches de virus rabique possèdent la même spécificité antigénique. Par des techniques très fines (anticorps monoclonaux produits en culture cellulaire, carte génomique), on arrive à mettre en évidence des différences entre les souches de virus rabique. Ces différences permettent de reconnaître diverses souches (origine géographique en particulier, ou caractère sauvage).
On connaît deux antigènes majeurs du virus rabique :
     La protéine (Poids moléculaire: 62.000 daltons) de la nucléocapside : cet antigène interne entraîne la formation d'anticorps révélables par les techniques de précipitation, de fixation du complément et d'immunofluorescence et, dans une faible mesure, d'anticorps neutralisants. La spécificité antigénique de cette protéine est commune à toutes les souches de virus de la rage et également à d'autres rhabdovirus que le virus de la rage. Les différentes espèces de rhabdovirus possédant ce même antigène interne ont été rassemblées pour former le genre Lyssavirus (ou « groupe » rabique) au sein des Rhabdoviridae.
      La glycoprotéine (Poids moléculaire 80.000 daltons) d'enveloppe entraîne  la synthèse d'anticorps neutralisants. Tous les virus de la rage possèdent la même spécificité antigénique de cette glycoprotéine (réactions croisées complètes en séroneutralisation). En revanche, la spécificité de la glycoprotéine des autres espèces virales du genre Lyssavirus est différente, et la réaction de neutralisation permet de distinguer quatre sérotypes au sein du genre Lyssavirus.

b.Classification sérologique du genre Lyssavirus (« groupe » rabique)

     Famille des Rhabdoviridae - Genre Lyssavirus

Selon les études sérologiques et les profils antigéniques obtenus avec des anticorps monoclonaux, le genre Lyssavirus a été subdivisé en quatre sérotypes. Plus récemment, sur la base de la comparaison des séquences des nucléoprotéines, sept génotypes ont pu être définis

     Pour chaque sérotype ou génotype, on distingue un virus prototype : le virus de la rage (séro/génotype 1), le virus Lagos bat (séro/génotype 2), le virus Mokola (séro/génotype 3) et le virus Duvenhage (séro/génotype 4), le virus EBL1 (pour European bat lyssavirus subtype 1) (génotype 5), le virus EBL2 (génotype 6) et le virus ABL (pour Australian bat lyssavirus (génotype 7). Les génotypes 2 à 7 constituent ce qu'on appelle les virus apparentés à la rage.

c.Immunité antirabique

     Unicité immunogénique du virus rabique, avec de petites différences entre les souches, pouvant entraîner un défaut de protection croisée chez la souris, partiel entre les sérotypes 1, 2 et 4, ou total entre les sérotypes 1 et 3

L'immunité est à la fois humorale et cellulaire :

Immunité humorale : l'élément immunogène majeur est la glycoprotéine d'enveloppe qui induit la synthèse d'anticorps neutralisants. Cette glycoprotéine peut être isolée, purifiée, et permet d'obtenir à elle seule, à titre expérimental, une bonne protection contre la rage. La nucléocapside peut également, dans certains cas, induire une réaction immunitaire protectrice.
Applications pratiques : utilisation de sérum antirabique riche en anticorps neutralisants, dans la prophylaxie de la rage humaine ; estimation du degré d'immunité chez les individus vaccinés, par titrage de leurs anticorps neutralisants.

Immunité cellulaire : elle est mesurable expérimentalement par des tests in vivo (hypersensibilité de type retardé) ou in vitro (TTL, TML, ...) dont l'application pratique n'est pas apparue, à ce jour, supérieure à celle de la mesure des taux d'anticorps. Elle joue cependant certainement un rôle complémentaire de l'immunité humorale dans les mécanismes de protection et dans les phénomènes immunopathologiques.

Interféron : le virus rabique vivant ou inactivé entraîne la production d'interféron ; par ailleurs, le virus rabique est sensible à l'action de l'interféron : il est possible de protéger des animaux contre le virus rabique par injection de substances inductrices d'interféron ou d'interféron homologue ; la protection conférée par la vaccination antirabique de l'Homme après contamination doit, en partie, reposer sur l'induction d'interféron.