L'utilisation fréquente et généralisée de substances anticoagulants dans la lutte contre les rongeurs conduit les vétérinaires praticiens à être de plus en plus souvent confrontés à des intoxications par ce type de substances, des animaux domestiques, principalement les chiens et les chats.
Ces substances se rattachent à deux familles chimiques soit les dérivés de la hydroxy 4 coumarine et les dérivés de l'indanedione 1-3.
a) Les appâts empoisonnés: Les raticides sont déposés à la surface d'appâts variés qui, "théoriquement" au moins, doivent répondre aux critères suivants: Ils doivent être: sélectifs, appétents, effectivement toxiques pour l'espèce et uniquement l'espèce visée, de distribution facile et d'un prix de revient peu élevé. Ces appâts sont principalement des céréales: (blé, mais, orge, grains ou farine) généralement pour la destruction des rats (Rattus norvegicus et Rattus Rattus), des souris, des mulots, campagnols et des carottes pour la destruction des rats musqués et autres. Les concentrations utilisées varient avec les substances, soit généralement 0,005 p. cent à 0,0375 p. cent.
b) Les toxiques de piste sont utilisés en saupoudrage sur les lieux de passage des rats et plus particulièrement aux points de rétrécissement et à la sortie des terriers. Les concentrations en matière active sont plus importantes que pour les appâts soit de 0,2 p. cent pour le bromadiolone, chlorophacinone) à 0,5, 0,75, 1 p. cent pour le coumafène, le coumachlolre, le coumatétralyl. Ces substances comme leur nom l'indique, agissent en bloquant certains mécanismes de la coagulation sanguine. Il nous paraît important avant de voir leur mécanisme d'action proprement dit, de rappeler, en quelques mots et un schéma, le processus de ce phénomène.
c) Rappel de la coagulation sanguine et des trois temps fondamentaux de
l'hémostase.
- L'hémostase primaire conduisant à l'arrêt du saignement par la formation du clou plaquettaire.
- La coagulation sanguine, avec une voie endogène (intrinsèque) une voie exogène (extrinsèque) conduisant à la formation de prothrombine activée en thrombine qui transforme le fibrinogène en fibrine.
- La fibrinolyse et la solubilisation de la fibrine par action d'une enzyme protéolytique: la plasmine.
d) Le mécanisme d'action des raticides anticoagulants:
Ils interviennent comme antivitamines K à plusieurs niveaux. La synthèse de la prothrombine est vitamine K dépendante. En présence d'antivitamines K (ou en absence de vitamine K) est élaborée une protéine voisine de la prothrombine, dite "Prothrombine anormale" possédant des caractères immulogiques identiques, mais non fonctionnelle. Elle ne peut, en effet, pas fixer le calcium, qui est indispensable à la transformation prothrombine en thrombine.
Au niveau des synthèses des facteurs Vll (Proconvertine) lX (facteur anti-hémophilique B) et X (facteur de Stuart). Toutes ces synthèses sont également vitamines K dépendantes. On constate en effet que les anticoagulants entraînent une nette diminution des taux sériques de ces facteurs.
e) Métabolisme des anticoagulants (coumariniques).
Après une administration per os, l'absorption est rapide; elle dépend de plusieurs facteurs (pH, solubilité...) Une heure après l'injection, on en retrouve dans le sang. Les pics plasmatiques maxima sont observés 6 à 12 H après l'injection. Le transport sanguin se fait fixer aux protéines plasmatiques, notamment les albumines. Ainsi liés, les anticoagulants sont pharmacologiquement inactifs. Les liaisons sur les albumines sont facilement réversibles.
La répartition dans l'organisme se fait de façon irrégulière. Les organes fixant le mieux les dérivés coumariniques sont, par ordre de teneur décroissante: le foie, la vésicule biliaire, le rein, la rate, le poumon. Dans le cerveau et les tissus adipeux, on ne retrouve que des traces. La métabolisation est lente (2 à 4 jours). Les transformations chimiques se font essentiellement au niveau du système microsomal hépatique (hydroxylation). Les métabolites sont inactifs et retrouvés dans l'urine. Certains travaux utilisant des molécules marqués aux I4 C , après injection intraveineuse, montrent que l'élimination est à la fois fécale (2\3) et urinaire (1\3) et qu'elle persiste pendant 120 heures. L'hypothèse d'un cycle entérohépatique est avancée.