1. Diagnostic.

 

 a) Les formes cliniques.

Le chat présente deux formes cliniques d'anxiété, l'anxiété intermittente et l'anxiété permanente. Il existe cependant un continuum  entre les deux, qui peut rendre le diagnostic délicat dans les formes intermédiaires.
L'anxiété intermittente se présente  par crises ( périodes d'agressivité, d'agitation, de diarrhée par exemple), et entre les crises l'animal semble normal.
Dans l'anxiété permanente, les manifestations sont peu productives et l'animal produit des activités de substitution.

b) Les motifs de consultation.

Ils peuvent reposer sur des signes organiques:obesite
- état général dégradé; animal  mal toiletté;
- obésité liées à de la boulimie.
- alopécie, lésions auto-induites par grattage, par
   léchage, par morsure
- trouble digestifs chroniques; vomissements, diarrhée chronique intermittente;
- troubles urinaires.Ce sont aussi des troubles comportementaux:
- dégradation du mobilier par griffades;
- marquage urinaire, malpropreté
- agressions imprévisibles et non contrôlées.
- intolérance à la caresse;
- attaque de la queue;
- "crises de folie" et agressions de prédation.

sudationgriffade

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

c) Les signes à rechercher en pratique.

La consultation comportementale du chat repose sur: l'examen clinique ( maladies intercurrentes, présence de puces, de dermatophytes...) L'observation directe:
- exploration ( inhibée ou exacerbée), marquage facial, relations avec ses proprétaires ( apaisement) relations avec ses congénères présents, tolérance au contact et à la manipulation.;
- réactions liées à la peur ou à la crainte ( orientent le choix des psychotropes); tachypnée-tachycardie ( signes noradrénergiques); inhibition, sudation des coussinets, ( signes serotoninergiques); anticipation, défécations ( signes dopaminergiques).Entretien avec le propriétaire  pendant lequel sont relevés;
- les événements ayant précédé l'apparition des troubles: déménagement, réfection, modifications du mobilier, introduction d'un être vivant ( bébé, autre animal), etc.
- les conditions de vie de l'animal: accès à l'extérieur, contact visuel ou olfactif avec d'autres chats, respect des zones d'activités, cohabitation avec d'autres animaux.
- les conditions de développement: date de séparation d'avec la mère, lieu de développement, contrôle de la morsure.
- les comportements centripètes: sa façon de manger, de se toiletter, d'éliminer.
- les comportements centrifuges: relation au territoire ( marquages, organisation), relation avec ses congénères, les humains, présence d'agressions.
- les signes organiques présents au quotidien.

 

d). Des symptômes au diagnostic.

L'ensemble des signes doit permettre de savoir d'une part si le chat est anxieux ou non, d'autre part dans quelle entité nosographique cet état anxieux est présent. Voir le tableau ci-dessous:

Etablir le diagnostic
Signes
organiques
Manifestations
comportementales
Agressivité Activité
substitutive
Evolution
Anxiété intermittente ++ Productives ++++ + Anxiété
permanente
Anxiété permanente +++ Déficitaires 0 +++ Dépression

Les manifestations organo-végétatives et organiques sont à rechercher en priorité et ne sont pas forcément faciles à cerner en raison du large éventail d'hypothèses médicales; diarrhée chronique, intermittente, vomissements sporadiques, cystites idiopathiques.
Les manifestations comportementales sont quant à elles soit productives  (anxiété intermittente) soit déficitaire (anxiété permanente).

Manifestations comportementales
Manifestations productives Manifestations déficitaires
Hypervigilance ( surveillance accrue)
Hyperesthésie ( sursauts, )
Impulsivité, agitation
Evitement et agression par peur.
Agressions par irritation
Manifestations neurovégétatives
Augmentation du marquage
Auto-agressions
Inhibition
Troubles de l'appétit ( boulimie)
Troubles du sommeil ( hypersommnie)
Altération du comportement exploratoire.
Diminution du marquage
Perte d'initiative
Léchage, grattage
diminution du jeu

L'existence de ces symptômes permet de proter le diagnostic direct d'anxiété. Des formes intermédiaires ( entre anxiété intermittente et anxiété permanente) sont possibles.

e) Diagnostic différentiel.

Il porte en premier lieu sur les maladies organiques: rétroviroses du chat, maladies digestives chroniques, maladies du bas appareil urinaire, toute maladie dermatologique prurigineuse, diaète sucré,et...
Il s'intéresse ensuite aux manifestations comportementales:

anxiété permanente:

- dépression: lors de dépression aigüe, l'inhibition est plus marquée et on assiste à des troubles du sommeil. Des activités de substitution sont présentes lors de dépression chronique, elles sont associées à des troubles du sommeil:

anxiété intermittente:

- phobies; agressions ponctuelles liées à des stimuliidentifiables;
- dysthymies: agressions imprévisibles, associées à d'autres troubles ( obnubilations), évoluant par périodes.

 

2. Troubles comportementaux et anxiété.


Le diagnostic d'anxiété doit être replacé dans les entités nosographiques.
Le diagnostic nosographique est d'ordre étiologique, il explique pour partie la genèse du trouble et se trouve souvent à la base de l'action thérapeutique.
Cependant, la genèse d'un trouble anxieux est fréquemment la résultante de trois composantes: la survenue d'événements, le contexte socioterritorial et des facteurs individuels de vulnérabilité.

a) Entités nosographiques.


   Anxiété de privation.

Elle résulte de développement dans un milieu peu stimulant et peu propice à la socialisation. Les phobies sociales sont extrêmement fréquentes, mais ces chats vivent souvent dans la peur permanente, des étrangers, des bruits. ces symptômes suscitent peu de consultations, beaucoup de propriétaires considérant que la  "peur des étrangers" et la "timidité" font partie des traits e caractère du chat.

   Anxiété de déterritorialisation.

Toute perturbation du territoire peut être à l'origine d'un état anxieux, il s'agit alors d'une anxiété de déterritorialisation. Le point de départ est la disparition des repères chimiques apaisants ( marques faciales). La perte d'apaisement entraîne une hypervigilance, elle-même responsable de l'activation du marquage urinaire ou par griffades. Les réactions du propriétaire ( sanction, isolement) sont responsables d'une aggravation et du passage d'un état réactionnel à un véritable état anxieux.  

Anxiété de séparation du chat en milieu clos.

Elle est particulèrement fréquente en milieu citadin. Elle résulte d'une distorsion entre les conditions de vie en appartement et le milieu de développement normalement stimulant. Elle se traduit par des séquences d'hyperactivité motrice ponctuelles et des agressions de prédation sur les propriétaires. Un état  anxieux
( anxiété intermittente dans un premier temps) s'installe et entraîne une augmentation des nuissances ( marquage urinaire, impulsivité, apparition d'agressions par irritation,etc...). Les agressions déclenchent la peur qui conduit à une dégradation des relations et qui diminue les ressources du système.   

Anxiété liée à un mode d'alimentation inapproprié.

Les exigences alimentaire du chat sont celles d'un chasseur solitaire de petites proies qui effectue de multiples prises alimentaires dans la journée. Un mode de distribution erroné, sous forme de repas rationnés vite ingérés, peut conduire à des troubles anxieux.   

Anxiété de cohabitation.

L'anxiété de cohabitation résulte de la dificulté à se répartir le teritoire en deux ( ou plusieurs!) chats qui vivent sous le même toit.
Les principales circonstances d'apparition sont l'introduction d'un nouveau chat, inhibition
l'arrivée à la maturité d'un chat du groupe et le retour d'un chat au foyer ( après
un séjour en hospitalisation ou chez le toiletteur par exemple).
Le caractère individuel des relations chez le chat, fondées sur des liens affiliatifs,
la variabilité des aptitudes sociales font que les relations intraspécifiques de
cohabitation sont rarement prévisibles.
L'exiguïté du territoire, l'impossibilité de sorties, l'absence de zone d'isolement et
l'ingérence des propriétaires constituent des facteurs aggravants.
L'anxiété est présente chez le chat victime ( anxiété permanente, le plus souvent)
et chez le chat agresseur ( anxiété intermittente).

 

b) Place de l'anxiété

Lorsque tous les facteurs sont réunis, le diagnostic d'anxiété est positif et repose sur des signes cliniques. Ainsi, un chat qui présente une anxiété em milieu clos, peut être anxieux intermitent ou permanent.
Dans le premier cas, le marquage est exacerbé, l'animal est hypervigilant, dort peu, agresse ses propriétaires lors de manipulations, ou de lors d'action de prédation.
Dans le second, il est calme, souvent en retrait, se lèche le ventre et le dos, marque peu, joue peu.
Le motif de consultation de même que les signes cliniques diffèrent, mais le diagnostic d'anxiété en milieu clos peut être porté dans les deux cas.


3. Thérapies

Le traitement de l'anxiété repose sur la suppression des causes, l'optimisation des conditions environnementales et la restauration du lien avec les propriétaires. Il implique aussi l'utilisation de médicaments, de suppléments nutritionnels ou de phéromones qui visent à diminuer les manifestations végétatives et émotionnelles, afin que le chat se réadapte à ses conditions de vie.

a) Des symptômes au traitement médical.

Les molécules principalement utilisées sont les anxiolytiques ( la trioxazine est le seul anxiolytique disposant dune AMM en médecine féline) et les antidépresseurs avec le fluoxétine ( Prozac), la clomipramine ( Clomicalm) et la sélégiline ( Selgian)

b) L'utilisation d'alpha-casozepinev

oir le chapitre suivant :zylkène; un nouveau concept

c) La phéromonothérapie pour un apaisement écologique.Les phéromones sont d'une aide précieuse. La fraction F3 est le support du marquage territorial apaisant chez le chat. Son analogue synthétique est utilisé pour restructurer le territoire, inhiber le marquage urinaire et, plus globalement, pour créer un contexte apaisant. La commercialisation en diffuseur qui simplifie l'utilisation, améliore l'observance.

d) Des causes aux traitements comportementaux.

Trois grands axes sont à envisager:

- écologique: laisser sortir si possible, enrichir le milieu, fournir des cachettes,....
- éthologique: fractionner l'alimentation, arrêt des sanctions physiques, respect de la  communication féline,...
- relationnel: retrouver des activités communes structurantes comme le jeu, recadrage éthologique ( sur la vengeance, la jalousie).

La thérapie du chat anxieux intermittent.

Notre chat anxieux intermittent en milieu clos peut être pris en charge de la façon suivante:
Zylkène 75 mgrs; 1 gelule par jour à ouvrir sur les croquettes pendnat 2 mois.
Feliway: en  permanence dans la pièce principale d'habitation.
En plus de ces dispositions, des mesures comportementales et écologiques sont adoptées:
   - Mesures comportementales-
- ne pas corriger, ni crier lors d'agression
- faire jouer avec des objets lancés
- cesser de caresser dès que le chat manifeste de l'agacement ( quand il remue la queue, couche ses oreilles)
- si le chat est à l'affût, lui lancer un jouet pour détourner son attention.
   - Mesures écologiques-
- fournir des cachettes ( cartons)
-laisser le chat manger quand il veut en plusieurs endroits ( distributeurs)
- permettre au chat de monter en hauteur ( arbre à chat)
- laisser des jouets légers ou suspendus.